Il imposait silence d’un air impérieux, sans réplique… Elle pensait : « A la bonne heure ! En voilà un qui sait voir au fond ! — Très fort, le cosaque ! et sans doute un vrai prince… Ça vous a l’habitude du commandement… Enfin, je n’en ai que pour cinq minutes… Un peu de patience : ça sera si drôle à raconter ! »

— Et, poursuivait le prince, ce fiancé que vous avez choisi ce soir n’est pas l’homme qu’il vous faut… (Vous parlerez après !) C’est un gentilhomme terrien, comme on dit en France, — un villageois, pour mieux dire, — confiné dans ses vignes, et incapable de vous mettre à votre rang… Vous êtes née pour la grande vie, mademoiselle. Un connaisseur n’a pas besoin de vous regarder longtemps pour le deviner.

— On dirait, pensa-t-elle, qu’il estime un cheval !

Pourtant elle continuait à être flattée. C’est égal, il lui faisait un peu peur — pas trop — mais tout de même…

— Enfin, voyons la suite.

— Il vous faut Paris…

— Oh ! oui, dit-elle.

— Ou Pétersbourg, acheva-t-il… Bref, Mademoiselle, quand vous serez désabusée sur le compte de l’homme que vous avez rencontré ici, ce soir, — et que cela vous arrive dans trois jours ou dans trois ans…

— Alors ? interrogea-t-elle.

— Alors, quels qu’aient été vos bonheurs ou vos malheurs, peut-être même vos fautes, — et que je sois, moi, Tcherniloff, marié ou non, — alors, rappelez-vous notre conversation de ce soir… Vous trouverez un gentilhomme russe — qui n’a qu’une parole — toujours prêt à vous obliger.