— Ah ! malheur !

Elles parlèrent de leur mère, un moment, — mais, depuis la mort de Madame Déperrier, il avait soufflé de tels vents d’orage dans le cœur de Rita, que ce passé lointain n’existait plus pour elle. Du reste, elle ne tenait plus compte jamais que de la sensation présente. Elle n’était attachée à rien. Elle flottait comme une méduse de mer, espèce de fleur vivante sans racine et venimeuse, à la surface des abîmes de la vie.

— Ta mère ? dit-elle à sa sœur. Ah ! oui, elle nous a bien élevées pour notre bonheur, ta mère !

Elle disait « ta mère ». Elle n’en voulait plus pour elle-même, de cette mère-là.

— Toi, encore, tu as un métier… Moi, je suis mariée ! Ça ou cocotte, quand on se marie comme moi, ça n’est pas plus honorable, au fond, et c’est moins gai, je t’assure ! Tu vois, je ne suis pas fière ; je te dis ça pour te consoler. Je suis malheureuse… La voilà, ta comtesse !

La sœur partit, ahurie, navrée, n’y comprenant rien, trouvant la vie bête, les hommes méchants, le monde fou, et répondant par un mépris vague à l’indifférence qui l’assistait aujourd’hui de mauvaise grâce, après l’avoir dépouillée autrefois.

Théramène fut plus heureux dans une visite qu’il fit à son ancienne élève.

Il porta lui-même une lettre. Il avait eu soin d’écrire en grosses lettres sur l’enveloppe : « Il y a une réponse. » On le prit pour un commissionnaire.

La lettre disait :

« Madame la Comtesse,

« Un vieux comédien, qui a eu l’honneur de vous donner autrefois quelques leçons de déclamation, sollicite la faveur de vous exposer lui-même sa triste situation actuelle. Il attend à la porte de votre hôtel la réponse dont votre bonté daignera sans doute l’honorer.

« Je suis, Madame la Comtesse, avec le plus profond respect, votre très humble et très dévoué serviteur.

« Pinchard, de la Comédie-Française. »