— Cela devait finir ainsi, murmurait le comte. C’est cela. C’est mon homme. C’est lui l’auteur des lettres à Rita !… Peut-être est-ce pour elle que ce misérable enfant est allé tenter fortune. C’est un de ces imbéciles que la première venue peut enlever à tous leurs devoirs et qui finissent par le bagne, ou par le revolver… Misère de moi !… Nous surveillerons cela… Léon Terral ?… Au surplus, j’irai aux informations…

Il y alla.

Il se rendit au siège d’une société bien connue de lui, une de celles qui ont pour but le relèvement du mendiant par le travail.

Afin de garder les membres de l’association contre les tentatives des faux nécessiteux, la société forme des dossiers où sont inscrits les noms d’un grand nombre de mendiants à domicile. La préfecture de police même vient prendre là quelquefois des renseignements. En échange, elle en fournit à la société.

Paul traversa une salle encombrée d’étoffes, de vêtements destinés à des pauvres et confectionnés par des pauvres. Il demanda à l’un des nombreux secrétaires s’il connaissait le nom de Léon Terral.

— Si vous l’avez ici, c’est depuis peu de jours…

— Oui. Voici son dossier, Monsieur Terral (Léon), Affaire de la vitréine, ex-lieutenant aux chasseurs. A démissionné le 20 septembre 1886.

« Cinq jours après mon mariage », pensa le comte Paul.

Quelques découpures de journaux donnaient toute l’odyssée lamentable du jeune homme. Elle se terminait ainsi : « Se cache à Paris depuis peu de temps. A fait la traversée de New-York au Havre sous un un nom d’emprunt : Delsigny. A écrit sous ce nom à M. le baron de Rothschild qui lui a envoyé cinquante francs. Quand cette somme est arrivée à l’hôtel, sous pli recommandé, Léon Terral, se sachant surveillé par la police, avait disparu, etc., etc.

— Est-il venu vous demander de l’argent ? interrogea l’employé.