— Non, Monsieur, dit le comte Paul, mais c’est un malheureux auquel je m’intéresse.


Trois jours plus tard, Léon Terral se présentait vainement chez la comtesse. Les domestiques lui interdisaient formellement la porte. Il laissa échapper un mouvement de colère :

— C’est bon ! J’écrirai à Madame d’Aiguebelle. On vous fera repentir de ces façons-là.

Et il sortit fièrement ; mais, dépouillé de l’uniforme, le pauvre garçon n’avait plus d’allure. Il portait mal son affreux complet gris, qui, mouillé plusieurs fois depuis l’autre jour, n’avait même plus son vilain luisant, ni sa fâcheuse raideur. L’étoffe en était fripée et terne comme du papier décollé.

Informé de tous ces détails, le comte Paul dit à son valet de chambre :

— A partir d’aujourd’hui, vous ne laisserez entrer ni un journal, ni une lettre, ni un paquet quelconque sans me les avoir présentés d’abord.

Et il ouvrait les journaux, cherchant s’il n’y rencontrerait pas des mots soulignés, examinait les suscriptions des enveloppes, regardait le fond d’une boîte, d’un envoi de magasin.

— Si je rencontrais l’écriture des fameuses lettres, je crois bien que je la reconnaîtrais.

Un matin, on lui présenta, parmi d’autres, un pli jaune, qui avait l’air d’envelopper un banal prospectus des Grands Magasins. Sous la transparence exagérée de l’enveloppe, on apercevait en effet toute une imagerie de prospectus. L’adresse était écrite à la mécanique, en lettres bleu pâle : Madame la comtesse d’Aiguebelle, etc.