Enfin, elle allait être à lui, à Léon, au bien-aimé de toujours ! Elle se forçait un peu de répéter ces mots ou d’autres semblables, mais rien ne s’émouvait en elle ; elle n’éprouvait nul entraînement, — et continuait à ne ressentir aucune joie.
Cependant, il fallait, en prévision de cette aventure finale, se préparer, n’avoir qu’à héler un fiacre, et à dire : « Cocher, à la gare ! »
La veille du jour où elle attendait Léon, toutes ses mesures étaient prises.
A la petite somme qu’elle avait mise de côté non sans peine, comme provision, — une dizaine de mille francs environ, car elle avait touché son second semestre, — elle ajouta les diamants que lui avaient donnés le comte et sa mère, et quelques menus objets de grand prix, notamment deux éventails, peints par Boucher, véritables chefs-d’œuvre. Le tout se dissimulait fort bien dans un élégant sac à main très portatif. Ce petit déménagement une fois combiné, elle se sentit plus tranquille.
Au jour dit, à trois heures, — l’heure dite, — elle se trouva prête. S’il fallait partir, elle n’aurait qu’un chapeau à mettre. Son grand deuil lui imposait une robe simple, qu’elle pourrait garder en voyage…
Elle guettait. Elle entendit parlementer dans le vestibule, au bas de l’escalier. Elle reconnut la voix de Léon.
Elle se sentit bondir le cœur… Elle allait savoir…
— Laissez monter Monsieur Léon Terral, dit-elle, penchée gracieusement sur la rampe de fer forgé, contournée en riches dessins. Elle se rendait compte de sa grâce, et demeurait là, pour lui apparaître ainsi, comme Juliette au balcon… Il montait.
Dès le premier coup d’œil, elle fut rassurée. Il était vêtu comme un parfait gentleman.
Il y avait pris peine. S’il avait retardé sa visite, c’est qu’on devait lui livrer, le matin de ce jour-là, cet irréprochable costume, qu’il portait avec son ancienne allure de jeune officier.