Toutes les belles et bonnes raisons qu’il avait d’aimer avec passion la jeune fille, Paul deux mois après, les expliquait brusquement à son ami, — au moment précis où Albert allait lui dire, pour son compte, — les mêmes choses.
Ce n’était donc pas Albert qui pouvait lui inspirer contre Mademoiselle Déperrier le moindre doute. Le pauvre lieutenant de vaisseau reçut cette confidence — amour et projet de mariage, — comme un coup de couteau dont on meurt en silence.
Ils se promenaient sous les platanes d’Aiguebelle, à mi-coteau, avec la mer à l’horizon, — et, par-dessus l’échiquier blanc et bleu des salins, ils voyaient les grands bateaux en ce moment mouillés là.
— Eh bien, qu’en dis-tu, Albert ?
Albert réfléchissait.
L’aveu de son amour à Paul, lui devenait impossible juste dans le moment où il allait le faire. Parler franchement, c’était désespérer son ami… Au profit de qui ? De lui-même ? Mais pourquoi serait-ce lui le choisi de cette jeune fille ? Il y avait bien plus d’apparence qu’elle aimerait un homme comme Paul… Les marins partent trop souvent. Leurs femmes sont des demi-veuves…
A ces considérations, il en ajouta une décisive : il fallait qu’un des deux amis se sacrifiât. Paul avait confessé son amour. Albert n’avait encore rien dit. Le sacrifice le plus complet, le plus utile, le seul heureux, c’était donc le sien, puisqu’il resterait ignoré. Paul en pourrait jouir sans une ombre de regret.
Le brave garçon prit rapidement son parti.
— Mon cher frère, dit-il (ils s’appelaient quelquefois ainsi), je crois, à en juger par toutes les apparences, que tu as bien placé ton cœur. Tu seras heureux… comme tu le mérites. Mais moi, si tu te maries bientôt…, je ne serai pas là.
— Comment donc ?