— J’ai sollicité avant-hier le commandement d’une canonnière au Tonkin. Je suis chaudement appuyé par l’amiral Drevet : je me crois sûr d’obtenir ce que je désire.
— Ah ! quel malheur ! dit simplement Paul, — habitué à ces brusques départs du marin.
Ils continuèrent à parler de ce mariage.
Le soir même, le lieutenant de vaisseau écrivait à son ami :
« Je suis forcé de partir pour Paris, appelé par dépêche. Mon affaire réussira. Sois heureux… sois heureux… »
Il y avait, dans la répétition de ces deux mots, une douleur que Paul ne pouvait pas voir.
Albert ne se doutait pas qu’il allait laisser derrière lui sa sœur Pauline désespérée du mariage de Paul. Elle avait, pour l’ami de son frère, depuis qu’elle était née à la vie du cœur, un noble, un profond amour, ignoré même de sa mère.
Il obtint son commandement, et partit, au grand chagrin d’Annette, la petite sœur de Paul. Annette avait pour lui — symétriquement ! — un amour de pensionnaire dont il était bien loin de se douter, — et qui l’eût consolé peut-être…
Et, peu de temps après la conversation des deux amis et le départ d’Albert, le comte Paul avait ouvert son cœur à sa mère… Elle avait souri tristement… — et c’est alors qu’elle avait écrit à l’abbé.
Quand elle eut reçu la réponse du vieux précepteur de Paul, il fut convenu qu’on irait passer à Paris tout ce printemps. Elle voulait voir et juger Mademoiselle Déperrier. De plus, le départ d’Albert laissait bien seules Madame de Barjols et sa fille. On partit donc. La présentation des dames Déperrier chez la comtesse d’Aiguebelle, à Paris, se fit un soir où il y avait quelques personnes. Marie se tint sur une réserve extrême… Et il n’y eut rien que l’observation en attente, de part et d’autre.