Deux mois plus tard, en avril, Paul demandait à sa mère, pour la centième fois : « Eh bien, que pensez-vous d’elle, ma mère ? »
— Donne-moi le temps de me reconnaître.
Mademoiselle Déperrier n’était pas sympathique à la comtesse. Le cœur des mères voit profond. Mais la mère de Paul ne trouvait rien à dire pour justifier son antipathie. Elle ne l’avouait donc pas, et se contentait d’ajourner le prononcé de son jugement. Désolée d’avoir à faire souffrir Paul, elle avait cependant ce courage.
— Tu ne peux vraiment pas, lui disait-elle en souriant, me forcer à être aussi emportée que toi… Il y a dans ton opinion sur elle, d’après tes propres théories, un élément d’erreur : l’amour même. Moi, je n’ai qu’à l’aimer d’une amitié forte, qui naîtra uniquement de mon jugement moral… Donne-moi le temps !
Il attendait avec confiance, — puisqu’il aimait.
VII
Ce n’était pas peu de chose — elle le comprenait bien, — que d’apparaître à son provincial une femme « comme il faut », telle qu’il devait l’entendre.
Dans ses tentatives variées d’ambitieuse inquiète, elle avait naturellement pensé au théâtre. C’est le tremplin de beaucoup de coquettes, un moyen de parvenir comme un autre, aujourd’hui ; seulement, il y faut du talent, et c’est à quoi pensent le moins toutes ces pauvrettes qui vont au feu de la rampe comme des papillons affolés.
Un des jeunes acteurs, espérant, selon sa propre expression, qu’il arriverait bien vite à « faire ses frais », avait donné des leçons gratis, pendant une année ; puis, irrité tout à coup de voir qu’il n’avait rien à espérer, il avait offert de se faire remplacer par un vieux « cabot » de sa connaissance, pauvre et laid, qui, pour un déjeuner, affirmait-il, donnerait des leçons de maintien et de diction, d’après les plus solides principes.
Dès qu’il eut présenté le vieux, le jeune émule de Talma, qui avait une affaire urgente dans les coulisses du Conservatoire, espaça ses précieuses visites. On ne le voyait plus que deux fois par an.