— Je monte mon escalier.
— Je veux bien ; mais, pour monter votre escalier, qu’est-ce que vous faites ?
— Je lève le pied.
— Comme un caissier… C’est là que je vous attendais… Eh bien ! messieurs, dans une tirade, le premier vers c’est la première marche, et comme on lève le pied de marche en marche, vous élevez la voix, de vers en vers — jusqu’où ?
— Jusque chez moi, au cinquième.
— Mais non ! Jusqu’au premier palier. Les paliers sont là pour nous permettre de souffler — et de prendre des temps. Vous prenez donc un temps… Et puis ?
— J’attaque le second étage…
— Jusqu’au palier suivant. Et puis ?
— Et puis, je rentre chez moi.
— Mais non, malheureux ! vous ne rentrez pas chez vous… Et c’est bien là que je vous attendais, car aucune science ne s’improvise ! Les secrets de l’art, monsieur, sont le trésor de l’humanité. Ce sont des fruits, lentement mûris, que la tradition conserve et transmet — lampada tradunt — et qui permettent à Pinchard de donner la main à Molière, par une chaîne non interrompue d’hommes de talent, j’oserai dire de génie.