— Écoute : l’autre jour, nous causions : « Je faiblis, me dit-elle, je m’en vais, mon fils ! » — « Et moi maman, lui dis-je, à mesure que vous vieillirez, je sens que je vous aimerai toujours mieux. » — Sais-tu ce qu’elle m’a répondu ? — « Oh, alors, mon cher petit, comme il va me devenir doux de vieillir ! »

Les deux enfants se regardèrent furtivement, à cause des larmes qui gonflaient leurs yeux…

DEUXIÈME PARTIE

I

En un seul jour, Mademoiselle Déperrier eut deux grandes émotions. D’abord, le comte Paul fut entraîné à un aveu. Ensuite, il faillit saisir un des fils qui eussent pu le conduire à la découverte de tout ce qu’elle lui cachait sur elle-même.

Ce fut le jour des funérailles de Victor Hugo.

Mademoiselle Déperrier avait, à un point singulier, cette faculté d’assimilation qui est le génie propre et négatif des femmes en général : elle reflétait tout de suite toutes les pensées qui passaient devant elle et, quand il lui plaisait, les renvoyait toutes, dans un mot, dans un éclair. Elle n’en retenait rien d’ailleurs, pas plus qu’un miroir.

Au bout de dix minutes de conversation avec un général, elle paraissait une Jeanne d’Arc — avec un poète, une Sapho, — avec un ministre, — une Catherine.

Elle se plaisait d’ailleurs à citer la grande Catherine, comme beaucoup d’hommes médiocres citent aujourd’hui Napoléon, — en se comparant à lui, pour excuser leurs caprices ou leurs fautes.

Elle avait une préférence pour Catherine Ire, maîtresse, puis femme de Pierre le Grand, parce que cette Catherine-là qui fut, après la mort du Tsar, déclarée souveraine de toutes les Russies, — était née dans la pauvreté.