Avec ce que j’ai d’immortel.
ou l’Hymne aux Grecs de Lamartine :
Les têtes ont roulé sous les pas des vainqueurs,
Comme des boulets morts sur les champs de bataille.
Quand elle chantait ainsi l’indépendance, la révolte, la guerre, — sa narine s’ouvrait, frémissait, battait, montrant le rose du dedans, comme celle d’une petite cavale de sang ; la tête se relevait dans un défi. Les audaces de sa nature, ses témérités de joueuse, ses énergies physiques inemployées, ses virtuelles générosités, la transformaient en amazone poétique, — et le comte Paul, en son cœur, s’écriait alors comme Othello : « O ma belle guerrière ! »
Quand on parlait d’elle après l’avoir ainsi vue et entendue chanter, la comtesse ne trouvait pas d’éloge assez vif. Trompée volontiers, elle prenait l’âme infinie, évoquée un instant, pour l’âme individuelle et constante de la jeune fille. Annette s’extasiait aussi, avec une pointe, légère, de jalousie, tout au fond d’elle-même : « Oh ! si je pouvais chanter comme ça !… Et Albert m’écouter en me regardant comme Paul écoute et regarde sa fiancée ! »
Mais la jolie petite nature d’Annette se rendait vite maîtresse de ces pensées-là. Et quand elle les avait eues, elle s’imposait d’être d’autant plus gentille avec celle qu’elle devait bientôt appeler sa sœur. Elle avait alors mille prévenances pour elle. Marie y répondait de son mieux, et les jeunes filles maintenant ne se quittaient guère.
— Oh ! dit un jour Annette, si je savais jouer du piano comme vous !
— Songez, répondit Marie, que j’ai huit ans de plus que vous ! Et j’apprenais déjà, quand vous n’étiez seulement pas au monde !
— Donnez-moi des leçons, dites, voulez-vous ?