« Mon oncle rit beaucoup, et me dit :

— Voilà tout ce qui te chagrine, nigaud ? Écoute : je ne t’emmènerai jamais malgré toi. Ce n’est pas sur le plancher des vaches qu’on mange le plus de vache enragée ! Si un baiser te doit guérir, guéris, petiot, et, toute ta vie, plante des immortelles. Mais si tu dois périr d’amour, viens faire un petit tour du monde ! Ça fait toujours du bien !

« Je déclarai, bien entendu, que je ne partirais pas… Ne plus voir Meyfrette, bon Dieu ! que serais-je devenu ?

— Eh bien ! nigaud, est-ce pour aujourd’hui ? me disait mon oncle tous les jours ! Ça n’est pourtant pas difficile d’embrasser une belle fille, et c’est véritablement agréable… ça n’est pas une affaire, je te dis !… Un bras autour de la taille, les lèvres sur la joue, et, clac ! on fait chanter la caresse !

« Il riait, il riait, mon oncle.

— Vous en parlez à votre aise, lui disais-je, parce que vous êtes vieux ! mais moi, que vous dirai-je, je n’ai pas le courage d’oser !

« Un jour, mon oncle annonça son départ pour le surlendemain.

— Je partirai donc sans t’avoir vu agir en homme ! me dit-il.

— Mon oncle, répondis-je en le regardant d’un air fier, je crois que j’ai trouvé le moyen d’embrasser Meyfrette à coup sûr.

— Voyons le moyen.