A Léon Bouyer.

Je l’avais connu le long des quais, le vieux Zidore, devant les étalages des bouquinistes.

Humble employé d’un ministère, il déjeunait d’un croissant et dînait d’une flûte ; mais il achetait des livres, des livres rares, s’il vous plaît. Pour pas cher, par exemple ! Et sa collection était admirable.

Un jour, il voulut me la montrer. Nous devînmes grands amis.

Il y a de cela vingt ans. Il en avait alors plus de soixante.

Dix ans plus tard, il cessa ses visites aux bouquins des quais. Rhumatisant, catarrheux, perclus, il garda la chambre, vécut entouré de ses chers livres, n’ayant aucune autre société. Une femme de ménage lui apportait chaque matin la flûte et le croissant. Il la voyait avec impatience, s’irritait lorsqu’elle époussetait les piles de livres qui chancelaient autour de lui et la renvoyait au plus tôt. Il n’aimait recevoir personne. Les livres lui suffisaient.

Une fois par an, le 31 décembre ou le 1er janvier, il tolérait ma visite ; il finit même par la désirer, déclarant qu’elle lui manquerait si je venais à l’oublier.

Et je ne l’oubliai jamais.

Cette année, au 1er janvier, je trouvai mon malade singulièrement « baissé », comme on dit. Déjà, l’année précédente, il se traînait avec peine d’un angle à l’autre de son étroite chambre, ne quittant son point d’appui d’une main que lorsqu’il sentait l’autre assurée.

— Eh bien ! père Zidore, je viens vous souhaiter bonne année nouvelle !