— Que lui donner ? dit ma mère.

— Tout ce qui lui fera plaisir ! dit le médecin.

« Ma mère avait cru parler de ma nourriture. Je me fis fort de sa question et de la réponse du docteur pour exiger un joujou. Trop pauvre, ma mère, au jour de l’an, me donnait des « étrennes utiles » : des bas, des souliers ou une paire de manches de lustrine. Je demandai cette fois un pantin à musique !

« Ma mère travailla nuit et jour ; je la voyais, de mon petit lit, mettre en hâte points sur points ; je voyais sauter sous ses doigts une agile étincelle qui était l’aiguille, et qui m’amusait ! Les enfants sont égoïstes. Ils ne savent pas ce que coûte à leur mère chacune de leurs joies… — Après cela, ajouta le père Zidore en manière de réflexion, les hommes eux-mêmes jouissent bien chaque jour de toutes les merveilles de l’industrie, de la science, sans songer aux souffrances, aux morts qu’elles coûtent. C’est comme ça.

Le père Zidore eut une quinte de toux qui l’interrompit longtemps. Il reprit :

— Les robes de belles dames que cousait ma mère me donnaient seulement une plus grande envie d’avoir mon pantin. Il serait habillé de satin… blanc et rose…, avec des dentelles pour collerette…, un joli bâton rouge pour le prendre ; et, en le faisant tourner au bout de ce bâton, on entendrait chanter la musiquette qui serait dedans.

« Alors je battais des mains de plaisir… Les yeux de ma mère se tournaient vers moi ; et plus vite, plus vite, la petite aiguille sautait, plongeait dans la soie des belles robes, y disparaissait pour sortir un peu plus loin, tirant son fil de soie après elle, et toujours recommençait, en jetant sous les doigts de ma mère une petite étincelle qui me semblait de la gaieté… Et ma mère pleurait.

« Enfin je l’eus, mon pantin à musique ! C’étaient mes premières étrennes… Et je n’en ai jamais eu d’autres.

« Ma mère me l’apporta pour le 1er janvier. J’étais couché, enveloppé de couvertures, sur un fauteuil que nous avions, le même où me voilà encore. Dès le palier, ma mère se mit à faire tourner le pantin au bout de sa hampe, et j’entendis, comme dans un rêve, la musiquette métallique de ce pantin tant désiré… Il avait deux airs : une valse lente, et puis un air gai, très vif, qui alternaient.

« Vous savez comment se produisent ces sons ? La hampe du pantin est fixée dans l’axe d’une roue qui met en mouvement un rouleau de cuivre criblé, hérissé de petites pointes d’acier. Chacune de ces pointes, à mesure que le rouleau tourne, soulève une dent d’une sorte de peigne de métal qui est un clavier. La vibration de chaque dent donne une note.