« Et cela fait une musiquette grêle, grêle, menue, aigrelette, qui a toujours, même dans les airs mélancoliques, quelque chose de brusque et de sautillant.
« Ma mère entra, faisant toujours tourner le pantin. Je tendis les bras, soulevé par l’extase, et, tout le jour et toute la nuit, il me répéta, mon pantin rose, ses deux éternelles chansons, la triste et la gaie, passant de l’une à l’autre sans trop de difficulté, après un petit silence pourtant, durant lequel on entendait dans sa poitrine rebondie un bruit de mécanique qui se prépare à bien s’appliquer : Cric ! crac ! brum ! « Il tousse, maman ! il se mouche ! criais-je, comme Monsieur le curé avant le sermon ! »
Et le père Zidore toussait aussi, mais longtemps, longtemps ! La quinte violemment secouait le fragile corps du vieillard. Puis il se remettait à conter, avec lenteur quoique avec abondance, revoyant comme dans un rêve de fièvre toutes les choses dont il parlait :
— « Je couchais avec mon pantin, et mon pantin mangeait avec moi.
« Il avait l’air d’un œuf d’autruche qu’on aurait habillé ; son justaucorps dentelé était mi-parti blanc et rose. Son bonnet de folie, de même. Sa collerette était de dentelles. Il avait des pendants d’oreilles et des cheveux blonds, frisottés, et une petite figure souriante, rose et blanche comme un dessus de boîte de baptême.
« Quand il tournait, le bas de sa robe dentelée s’élargissait autour de lui comme une jupe de danseuse, et il avait l’air de pencher la tête en souriant de bonheur…
« Je guérissais lentement ; et le pantin, bien soigné, couchait maintenant dans une boîte, sur les débris de soie et de velours que rejetait ma mère en cousant les robes des belles dames.
« Il charma les heures de ma convalescence.
« Puis, ma mère l’enferma dans son armoire, avec ses pauvres objets précieux, avec la chaîne et la montre d’argent de mon père et le collier de chaînette d’or qui lui venait de sa mère à elle.
« Il était si beau, mon pantin ! Il fallait le conserver ! Il avait coûté si cher ! Et puis, je l’aimais tant ! Le voir un moment devint une récompense pour laquelle je savais tout souffrir. Pour l’entendre, le soir, en m’endormant, je savais être sage tout un jour, réciter ma fable sans faute et réciter aussi, d’un air capable, toute ma table de Pythagore.