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Maintenant nous étions arrivés sur le sommet nu et pierreux de la colline. Le tambour et le drapeau furent posés à terre, et nous regardâmes autour de nous. C’était si large, tout le pays vu de là-haut, les collines et les plaines, et toute la mer et tout le ciel — que nous eûmes un peu peur.
Mais nous étions cinq, bien armés ; et, en abaissant les yeux, nous apercevions, au bas de la colline, le toit rassurant de nos maisons, nous reconnaissions nos terrasses, et même, sur les terrasses, les gens qui passaient… « Là, c’est papa, oui, j’en suis sûr ; là, c’est grand’mère ! »… Hélas, sur la terrasse de Tiennet, il n’y avait personne. La chambre de Lise n’avait pas même ouvert ses fenêtres, par ce beau matin de Pâques fleuries. Et alors, sans nous rien dire, tous ensemble, nous quittâmes sa maison des yeux, pour regarder dans le ciel, et y chercher notre espérance.
Ceux qui n’ont pas ainsi cherché, tout enfants, durant une heure, dans l’infini d’un ciel semé de petits nuages, à voir passer une forme ailée qui doit apporter la promesse d’un bonheur, ne sauront jamais combien le désert bleu est vaste, et combien d’ailes et d’atomes y voltigent, le rayant sans cesse de zigzags et de caprices inattendus.
Les nuages, par bonheur, cachaient de temps en temps le soleil. Tout de même, nos yeux nous faisaient mal à force de regarder la trop vive lumière. Et quand nous les reportions à terre, on voyait, sans comprendre pourquoi, de petites ombres bizarres.
A chaque instant nos cœurs bondissaient… Tantôt c’était une mouche qui, passant à portée de notre main, nous avait fait l’effet d’une cloche lointaine volant tout au fond du ciel, perdue tout là-bas par-dessus la mer ; tantôt c’était un moineau de toiture qui, tranquillement, vaquait à ses affaires. Beaucoup de mouettes nous trompaient, indistinctes là-bas, tout là-bas, du côté des îles d’Hyères, près d’un certain rocher où elles font leurs nids. Il y avait aussi dans l’air beaucoup de choses sans nom, qui flottaient… des bribes de laine, laissées par les moutons aux griffes des genêts épineux et que le vent avait ramassées ; toutes sortes de riens légers, pareils à des fils de la Vierge ; des brins de plumes, des débris subtils qui échappent aux mains des travailleuses, et qui se mettent, soulevés par une brise, à voyager deci, delà, dans le ciel, comme de petits êtres, suivis parfois par un oiseau trompé…
Nous regardions vers l’Orient, vers Rome et vers Jérusalem. Les hirondelles, nous le savions, viennent de par là, les martinets, les ramiers voyageurs, tous les êtres migrateurs en qui cette saison d’avril fait éclore un désir de changement…
Et en nous aussi était un désir de fuite et de vol, un élan vers l’espace libre, un rêve de planer. Quelque chose en nous se soulevait, comme une aile captive, inutile… Et c’était l’amour. C’était la prière et la tendresse. Comme elles sont au cœur des hommes, elles étaient déjà en nous, renaissantes, impérissables…
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— En voilà une ! je l’ai vue !