Quand nous descendîmes, ce Samedi-saint, la pente de la grande colline au pied de laquelle est bâtie Toulon, la ville terrible aux bruyants arsenaux, le tambour de Léon battait joyeusement, notre drapeau déroulé flottait avec gaieté ; les sabres de bois jetaient des éclairs… Et petit Paul, chargé de ses pensées, répétait à Tiennet, d’un air de défi :

— Que quelqu’un vienne nous dire que nous ne les avons pas vues !… Et il verra !

QUINZE AOUT ET QUATORZE JUILLET

— « Autrefois », me dit Darbous d’un ton mélancolique, en plaquant une truellée de ciment au fond d’un trou qu’il a ouvert dans mon mur, pour y sceller le double support d’une cloche, « autrefois… c’était le 15 août ! »

Ces paroles, qui font suite à la pensée la plus secrète de Darbous, me semblent étranges ; mais, de lui, rien ne m’étonne, et « je laisse venir ».

Darbous est un mot qui signifie : taupe ; c’est le sobriquet provençal de mon maçon. Darbous soutient avec moi des conversations à perte de vue sur les plus graves sujets. Il a des façons très originales de considérer les choses, et je l’écoute toujours avec un infini plaisir.

— Est-ce que votre femme, Darbous, s’appelle Marie ?

— Oh ! ce n’est pas ça, monsieur ; et si je parle du 15 août, c’est que nous y voici, et je dis que le 15 août, c’était le 14 juillet de l’Empereur.

— Il y a une grande différence entre les deux dates, Darbous, puisque le 14 juillet, c’est la fête de la République — entendez-vous ? — de la liberté !

Darbous laisse tomber sa truelle dans l’auge vide, lève sur moi un regard oblique, prend dans sa boîte en écorce de châtaignier une grosse pincée de tabac, et dit :