— Nous irons, père. On verra du canard.

— Tu entends, Noir, (Néro), dit le père, s’adressant au griffon. Le chien se leva, regarda le père et le fils, flaira la crosse du fusil, remua la queue, murmura quelque chose, et retourna s’allonger devant la cheminée où un quartier de mouton se dorait au feu.

On dîna, sans que Néro cessât de regarder la flamme, sinon lorsqu’on l’appelait : Néro ! Alors il se levait, venait prendre le morceau qui lui était offert et retournait ensuite, avec calme, à « son poste ».

Au dessert, on me raconta un beau trait de Néro, un trait véritablement digne de la biographie d’un grand chien.

Néro, étant très jeune encore, faisait commerce d’amitié avec une chatte de la maison. La chatte ayant mis bas, on alla noyer les petits. On chargea quelqu’un de les jeter à la mer, ce qui fut fait en présence de Néro. Les petits chats, une pierre au cou, périrent donc misérablement, et leur mère fut inconsolable. Néro parut si touché de sa douleur, que, deux jours durant, voyant la chatte refuser toute nourriture, à peine voulut-il manger.

Or, peu de temps après, comme il traversait, en compagnie de l’un de ses maîtres, le village de Campile, à une lieue de son logis, Néro vit un petit chat que tourmentaient des bambins.

Néro n’hésita pas ; il se jeta au milieu des bourreaux, saisit dans sa gueule le petit chat par la peau du cou, et, ainsi chargé, fit une lieue toujours courant pour rapporter à la mère infortunée le pauvre animal qui, selon lui, pouvait bien être de ses petits. La chatte adopta l’enfant trouvé, l’allaita, reprit joie et santé ; et Néro fut célébré en vers, pour cette belle action, par une improvisatrice de la famille.

— N’est-ce pas l’action d’un homme ? me demanda mon hôte en achevant le récit de cette aventure.

Je convins que beaucoup d’hommes n’agiraient pas si bien, et je gagnai mon lit en songeant à la partie de chasse projetée pour le lendemain.

Avant le jour, Jean-Paul m’éveilla. Nous sortîmes et Néro avec nous. Il faisait froid, très froid. La bise qui nous cinglait le visage était coupante ; nous prîmes un bon pas.