Néro, en toute évidence mal disposé, trouvait l’eau dangereusement froide.
— C’est la première fois qu’il désobéit, me dit gravement Jean-Paul, et cela devant un étranger !… je ne le supporterai pas !… A l’eau ! répéta-t-il.
Le chien s’avança tout au bord, souleva une patte, toucha l’eau discrètement, et il recula ; puis, se couchant aux pieds de son maître, il leva sur lui des yeux de prière.
Le jeune Corse était devenu pâle.
— Regarde, chien ! dit-il.
Le soleil, se levant, illumina le marais à la surface duquel les mille petits glaçons brillèrent, irisés. Néro et moi, nous regardions Jean-Paul, qui était déjà dans l’eau ! Il marchait dans le marais glacial, aussi tranquillement qu’à terre. Lorsqu’il se saisit de la proie encore palpitante, il avait de l’eau jusqu’aux aisselles. J’étais stupéfait.
— Tu vois, dit à Néro Jean-Paul, revenu à terre et tout ruisselant, je ne te demande jamais rien que je ne puisse faire moi-même !
Grande parole, digne d’un roi, général d’armée.
— A présent, ajouta-t-il, tu seras puni. Marche en avant !
Et tandis que Néro, humilié, triste, la queue basse, prenait lentement une avance :