— Veuillez m’excuser, notre hôte, me dit Jean-Paul. C’est une partie manquée, par la faute de Néro. Retournons chez nous… Mais Néro ne peut pas éviter sa peine…
Et, ce disant, avant que j’eusse pu comprendre une idée aussi peu commune que la sienne, il étendit d’un coup de fusil le pauvre Néro raide mort !… Cet enfant Corse, tuant ainsi son chien qu’il aime, pour un refus d’obéissance, n’est-il pas, si l’on veut, grand comme Manlius, condamnant à mort son propre fils ? Absurde, inhumain, soit, mais comme ces héros de Rome, au cœur de fer !
— Quand tu seras en Corse, m’avait dit mon ami J. T…, le professeur, ne blâme jamais rien. Tu y vas en visiteur pour vingt jours, voilà tout ; ne t’y poses pas en apôtre des idées françaises. S’ils n’ont pas à se méfier de ta critique, tu verras les Corses en ta présence agir en vrais Corses, et tu pourras les juger.
Je ne critiquai donc point Jean-Paul ; je me tus. Néro, d’ailleurs, était bien mort, et nulle parole ne l’eût ressuscité ; mais j’attendis avec curiosité l’accueil qui nous était réservé à la maison.
Quand nous rentrâmes, tout le monde était absent, au travail.
A midi, tout le monde arriva, et l’on prit place autour de la table. Jean-Paul, visiblement pour moi, était ému, mais en somme fort calme.
On ne s’occupait pas de l’absence du chien, quand tout à coup l’enfant à la mamelle cria :
— Né-o !
Jean-Paul tressaillit.
— C’est singulier, dit le père, Néro n’est pas là.