Répondez.

LE TÉMOIN.

Je n’ai pas dit que je le reconnais. Je dis ce que j’ai vu, et je dis que c’est lui parce qu’il le dit lui-même.

LE PRÉSIDENT.

Poursuivez.

LE TÉMOIN.

Je l’ai vu ainsi qui portait son mort entre ses bras… Il était à cent pas loin de moi, pas plus. J’étais changé en marbre. Il s’arrêta, lui, cet homme, et posa à terre le cadavre ; il le coucha et parut regarder autour de lui. Les pieds du mort couché étaient contre les pieds du vivant debout. Je vois encore tout, comme si j’y étais ! Je voyais tout ! Le cadavre faisait par terre comme l’ombre du vivant, comme une ombre immobile à côté de la vraie qui remuait ! je pensai cette chose-là et j’eus envie de m’en aller en courant, mais la peur me clouait sur ma pierre ! J’avais la fièvre sûrement et j’en ai été malade après, avec un délire où tout cela m’est revenu plus d’une fois. Vous comprenez, ce sont des rêves abominables !

L’AVOCAT.

Je prends acte de cette parole. Le témoin, malade et en état de délire depuis la nuit du 23 mars, a vu dans ses rêves la scène à laquelle il prétend avoir assisté.

LE PRÉSIDENT.