Alors elle avait pleuré beaucoup. « Suis-je bête ! » se disait-elle. Et elle reprenait : « Ce serait pourtant bon, de revivre un soir ma vie d’autrefois ?… »

La pauvre fille fut alors prise, comme d’une rage, du désir fou de goûter à nouveau les sensations de mère qui l’avaient rendue si heureuse dans la pauvreté, si fière d’elle dans sa honte !

Puis, elle avait renoncé, par raison, à son projet d’emprunter un enfant…

Et, cependant, elle avait acheté, le jour de Noël, un bel arbre, très grand, et l’avait elle-même chargé de joujoux, de bonbons, noués par des faveurs… Et elle se promettait d’en allumer les bougies mignonnes, cette nuit, quand elle serait seule… Elle regarderait le pauvre pantin de Paul, et se mettrait à pleurer… Ce serait sa messe de minuit, comme une messe de naissance et de mort à la fois, la messe de ses souvenirs. Dans sa simplicité, elle se sentait très religieuse, très sanctifiée par son intention… Elle se rappelait les messes de minuit, dans sa petite ville, où l’on priait vraiment, où l’on riait pourtant beaucoup… et où… à la sortie… Ah ! l’amour ! quelle triste chose !…

IX

Voilà pourquoi Anna, à genoux sur le beau tapis, regardait, souriante, avec des yeux très rouges, Zan, qui piétinait de joie, dépouiller à pleines mains, à pleine bouche, l’arbre de Noël, trop grand pour lui…

X

Quand il eut bien mangé, bien bu, bien joué, bien sauté, bien crié, bien ri, Zan pleura.

— Ze veux voir maman !

XI