Quant à Georges, il tournait sa tête de tous côtés, comme fait en volant la mouette elle-même, qui voit tout.

Vers deux heures, on regagna la côte, la rade d'Agay.

On vint mouiller tout près du remorqueur occupé aux travaux du renflouement du 230.

Le canot qui portait les invités de l'Ibis passa et repassa plusieurs fois au-dessus de la bête de fer qu'on voyait, longue, morte, tout au fond de l'eau, comme un blanchissement animé d'un mouvement onduleux sur ce fond verdâtre... Les scaphandriers s'y promenaient suivis des manches à air qui serpentaient derrière eux et sur leurs têtes... On les entrevoyait comme des monstres, vaguement semblables à des hommes. Ils avançaient lourdement, comme des bêtes à carapace écrasante... L'un d'eux, au moyen du signal convenu, appelait... et il remontait, émergeait avec lenteur, saisissait l'échelle du bord, sortait de l'eau tout ruisselant, horrible, avec un globe énorme pour tête et une fenêtre grillagée pour face... Il tenait dans sa main... quoi? peu de chose. Deux fourchettes d'étain... une plaque de tôle... On le déshabillait, il sortait de sa gaine affreuse, tout défait, tout pâle de la route parcourue dans l'élément qui n'est pas celui de l'homme et qui, pour l'homme, est l'un des royaumes de la mort.

—Voilà le travail! dit Marcant; voilà le courage et la patience! Ah! les vaillantes créatures que les pauvres hommes!

Elise le regarda avec joie. Elle l'aimait parce qu'il était capable de ces élans profonds du cœur vers les misères et les courages humbles, qu'on a pris l'habitude de ne plus admirer, de ne plus même voir.

—Ils sont bien payés! dit un matelot à un autre...

Marcant l'entendit...

—Il ne manquerait plus que cela! dit-il, qu'ils fussent mal payés!

Le commandant du 230 était là, à côté de celui du remorqueur, à bord duquel montèrent un instant les visiteurs de l'Ibis.