Le yacht décrivit une longue et lente courbe, s'éloigna du Dramont, de la verte colline d'Agay coiffée de son sémaphore et piqua vers la haute mer.

Peu à peu l'ondulation de la houle se fit plus spacieuse et plus profonde, tout en restant paisible. Le soleil était haut déjà. Le rideau des brumes à l'horizon se levait comme une toile de théâtre, et Saint-Tropez apparut. Puis, en arrière d'eux, sur bâbord, Pierre désigna l'île Sainte-Marguerite, et, sur le continent à l'extrémité de sa grande plage arrondie, la blanche Cannes, tout en longueur, entourée de villas espacées, entre lesquelles, çà et là, s'élançaient, en verts bouquets largement évasés, quelques sveltes palmiers.

Un éblouissement de merveilles était autour d'eux et en eux-mêmes. Une joie matérielle et noble les enveloppait, et les gagnait à elle.

—C'est la Grèce telle qu'on la rêve, dit Pierre, car, dans la réalité, la Grèce ne vaut pas ceci.

—L'Ibis Bleu la connaît donc, la Grèce?

—L'Ibis Bleu connaît toute la grande mer bleue, toute la Méditerranée, madame; c'est un bateau vrai: ses marins sont de vrais marins. Ce ne serait pas possible autrement. Le yachting est le plus utile comme le plus charmant des sports. J'ai là six hommes d'équipage, sans compter le capitaine, qui ont navigué «à l'Etat» et que l'Ibis maintient dans leurs qualités d'excellents marins!

De l'odieux mal de mer, il ne fut plus question.

On déjeuna au large, sur le pont, sous la tente qu'il avait fallu établir contre l'éclat du soleil de midi. La mer était comme un bouclier poli.

—Nous n'avons pas mouillé l'ancre, disait Pierre. Nous sommes posés là, sur l'eau, librement, comme la mouette.

—Et cela m'enthousiasme, fit-elle. Jamais je n'ai rien vu ni rien éprouvé de pareil!