Là, au salon, elle sentit profondément combien elle avait tort d'y être. Tous ses gestes décelaient l'embarras; et lui, cela l'enchantait. Sur le pont, elle pouvait se croire dans la rue, à la promenade... il y avait les hommes, le capitaine. Ici, elle lui appartenait, c'était la maison, le home.
Pour rompre cet embarras du tête-à-tête, elle demanda:
—Lisez-moi des vers...
—Des vers?
—Des vers de vous, oui, dit-elle, vite, lisez, j'ai hâte! C'est un caprice... Et, un peu coquette:
—Allons, obéissez!
L'idée vint à Pierre de lui lire des vers, qu'il avait adressés à sa dernière maîtresse, à celle dont Elise connaissait l'histoire.
—Oui, oui, dit-elle, cela m'intéresse tant!
Tous deux continuaient à se croire un peu séparés l'un de l'autre par ces confidences qui, au contraire, les rapprochaient toujours davantage.
Il lut. A mesure qu'il lisait, elle se sentait frémir d'une terreur qui lui était douce, étrangement. La violence, bizarre pour elle, des expressions lui révélait quelque chose de nouveau en celui qu'elle écoutait, et qui avait su lui inspirer un sentiment d'affection profonde. Elle le voyait comme un être supérieur et se prenait à être obscurément jalouse de cette femme «mauvaise» qui, ayant eu à elle un être pareil, n'avait pas su le garder.