Le capitaine revint aussitôt et jeta sur le parquet un matelas qu'il avait pris en hâte dans une chambre voisine. Et, agenouillé tout en développant le matelas, il expliquait:

—Il faudra tout à l'heure un lit bien sec et bien chaud... Ne vous effrayez pas, monsieur Pierre. Ce ne sera rien. La saison est bonne.

—C'est bien, merci, mon ami, dit Pierre, je ferai le thé moi-même et tout ce qu'il faut...

Le bon capitaine, de nouveau, sortit.

Pierre s'agenouilla à son tour près du matelas sur lequel il posa Elise, mais elle crispait ses bras autour de son cou, et il ne pouvait parvenir à lui faire lâcher prise. Elle rêvait maintenant qu'elle se noyait tout de bon, et elle s'accrochait à l'épaule du jeune homme qu'elle reconnaissait—bien qu'elle eût les yeux fermés.

—A présent, murmurait-elle dans une crise de délire, je n'ai plus que toi! plus que toi!

Il pensait que cela était vrai et qu'il ne faillirait pas à son devoir. Oui, elle pouvait compter sur lui, l'adorable créature. Oui, c'était maintenant par devoir en même temps que par passion, qu'il l'étreignait, attendri.

—Je n'ai plus que toi! répéta-t-elle.

Et aussitôt elle se mit à pousser des cris aigus, prolongés, des cris qui semblaient ceux d'une douleur sans âme, d'une douleur mal imitée. C'est qu'en effet, ils ne se rapportaient pas du tout à son malheur essentiel, à ses remords, à son désespoir, à son amour. C'était seulement la plainte du corps affolé, vide de conscience.

Il commença à la déshabiller. L'humidité des vêtements rendait la besogne difficile. Les agrafes ne glissaient plus, arrachaient l'étoffe. Elle se mit à s'agiter, à se débattre contre lui en criant: «Non! non!» mais d'une voix basse comme pour rendre inutile ce refus! Elle rejouait, en un délire que rien ne révélait à son amant, la scène de la veille, de ce moment où elle s'était abandonnée à lui, avec des résistances toujours plus défaillantes.