—Oui... dit-elle avec un prolongement câlin du mot.

Au ton caressant de cette réponse, se mêlait comme un commentaire ironique, mais venu de si loin qu'il était perdu! Cela pourtant signifiait: «Oui, je vous reconnais, ou plutôt je vous reconnaîtrais, si j'étais encore du monde où vous êtes. C'est vous ce Pierre qui m'a perdue, parce que nous nous sommes aimés. Puis... je vous reconnais bien... Vous ne pouvez plus rien pour moi!»

—Elise! répéta-t-il.

Elle souleva son bras nu, le mit autour du cou de Pierre. Ses yeux demeuraient fermés. Où était son âme?... Qui le dira? en route vers elle-même! Mais à coup sûr elle n'était pas entièrement présente.

Dans le mouvement qu'elle fit, l'étoffe glissa, montra toute sa poitrine... Il se sentit éperdu et la couvrit de baisers. Elle avait eu, la veille, les pudeurs hésitantes du premier abandon. Voici que tout la lui livrait tout entière et sans défense. Elle, dans les limbes d'une sorte de folie momentanée, répéta:

—Je n'ai plus que toi!... plus que toi!... plus que toi!...

Il ne prenait pas garde que le mot était répété chaque fois avec une intonation toute différente. La voix partie de la tendresse, montait par saccades vers l'ironie irritée... D'un brusque mouvement de main il arracha et jeta au loin l'étoffe dont il l'avait couverte.

Ce fut terrible!... Elle éprouva comme une brûlure de honte qui courut en frissons sur tout son corps, de la tête aux pieds, et elle se trouva debout, nue, à demi détournée de lui, voilée un peu de ses mains, hautaine, désespérée et forte—debout, en pleine conscience... Son âme brusquement lui était revenue, avec le souvenir, la douleur, la pudeur, la colère et le mépris!

Et le démon qui, à ce moment, s'était emparé de Pierre, cria en lui: «Elle est belle!» Il eut l'envie diabolique de la ressaisir... Et cela fut visible. Au mouvement imperceptible qu'il fit en avant, elle bondit vers la robe qu'il avait apportée pour elle et qu'il avait jetée au pied du lit. Elle l'enroula autour de son corps et, s'asseyant sur ce lit dont elle arrachait au hasard la couverture, les draps, pour s'en faire des voiles plus épais.