—Allons, sortons!

—Attends! mon papa.

L'enfant alla ouvrir un placard dans le mur, son armoire aux joujoux; et, dans le bas de l'armoire, avec d'infinies précautions, il prit quelque chose qu'il en retira. C'était son bateau, son Ibis Bleu!

—Tu ne vas pas emporter ça!

—Oh! si, mon papa... On est toujours au bord de la mer, ici; alors je le mettrai sur l'eau, après le déjeuner... Et puis, j'aime tant à le voir! Il me fera penser à maman, qui est sur l'autre, sur le grand! Il lui ressemble au grand,—regarde... C'est tout naturel, puisque tu me l'as choisi exprès... Tiens, il y a des fenêtres ici, à l'arrière... c'est celles du petit salon de M. Dauphin. Maman doit être là: c'est le plus joli endroit du bateau... Tu comprends bien, n'est-ce pas, ça me rappelle tout... Si je le perdais, je ne serais pas content, ah! mais non! et je croirais que ça porte malheur... Aussi, je le soignerai bien, n'aie pas peur!...

La petite âme, sensible, exaltée, maladive, visionnaire, se montrait au père, pour la première fois, tout entière. Marcant fut effrayé. Il n'avait jamais entrevu ces profondeurs. Il eût jugé ces pensées mauvaises chez une grande personne. Toute mièvrerie de sentiment lui semblait romanesque, dangereuse. Il se dit que la nuit passée sur cette terrasse avait rendu l'enfant malade et se promit de le conduire au médecin, ce jour-là même... «C'est du rêve qui continue, se dit-il. Est-ce qu'il va vivre dans ce cauchemar?»

Il s'était baissé, regardait l'enfant attentivement au visage; il regardait ses lèvres, ses yeux un peu rouges, ses joues un peu pâles... Il tâtait son pouls.

—Pourquoi tu me regardes comme ça, mon papa?

—Tu n'es pas malade?

—Oh! non!... mais je ne suis pas content!