—Eh bien, il faut laisser ce bateau.

—Oh! papa!

Le cri fut profond. Georges leva sur son père des yeux de prière désespérée, car il savait que Marcant, lorsqu'il avait ordonné quelque chose, ne changeait jamais de volonté.

—Oh! mon papa! je voudrais tant ne pas le laisser!... Maman me le laissait toujours emporter, ma bonne aussi... M. Dauphin aussi!

Marcant, hors de lui, frappa du pied. Ses yeux jetèrent une flamme... L'enfant se replia sur lui-même... et, en silence, alla cacher son bateau au bas de l'armoire, à sa place... Il n'en finissait plus de le soigner, d'en écarter les autres jouets, de le couvrir d'un lambeau d'étoffe qui était là pour ça...

Marcant, furieux, le regardait faire.

—As-tu fini?... Allons, sortons!...

A cette voix brusque, l'enfant se leva, revint au père, la tête basse, lui prit la main, sans le regarder, effrayé de se retrouver tout à coup en face de l'ancien Marcant,—de celui qui, comptant sur la mère pour que l'enfant reçût plus que sa part des tendresses nécessaires, se montrait souvent trop sévère, même un peu dur.

—Regarde-moi!

L'enfant leva ses yeux: ils étaient pleins de larmes qui ne coulaient pas encore, parce que son père n'aimait pas les larmes. Les yeux du petit regardèrent ceux du père, d'en bas, avec une expression de faiblesse vaincue, de tendresse soumise impuissante à monter, qui était déchirante... Puis il éclata en sanglots et précipita son visage contre la jambe du père, qu'il étreignit avec ses deux bras.