Le cœur de l'homme fut brisé.
—Allons, ne pleure plus, Georges... Je te demande pardon!
Le pauvre homme alla au placard, se baissa, dépouilla soigneusement le bateau du chiffon qui le couvrait, le mit sur son bras... et il disait:
—Ne pleure plus... nous l'emporterons toutes les fois, tant que tu voudras... mais ne pleure plus!...
L'enfant souriait déjà... Il regardait son bateau posé sur le bras du père, et il lisait à voix haute le nom, écrit en belles lettres dorées: Ibis Bleu. Et quand ils furent dehors, sur le chemin:
—Comme tu es bon, mon papa! je te remercie beaucoup, oh! mais beaucoup, beaucoup!
V
Et, profitant de la bonté de son père, il voulut en déjeunant à l'hôtel que son Ibis Bleu fût sur la table, devant lui, appuyé contre le store dont le bas, relevé, laissait voir un peu du bleu de la mer. Ils ne mangeaient pas beaucoup, l'homme ni l'enfant, et au dessert, Georges s'écria:
—Oh! regarde, papa, on dirait tout à fait le véritable! on dirait qu'il est sur l'eau de la mer qui est derrière la vitre! C'est maman qui revient!...
Dans la même minute, Marcant, écartant de son côté le store, vit l'Ibis Bleu qui sortait de la rade de Saint-Raphaël et prenait le large... Et il se sentit si mal que, d'une main tremblante, il dut saisir un flacon de liqueur quelconque et boire en hâte. Il ne songeait qu'à ne pas laisser voir à l'enfant son malaise et sa pâleur; à ne pas défaillir, pour ne pas l'épouvanter.