XVI
Pendant la nuit qui suivit le départ d'Elise, le pauvre Marcant, à bout de forces, avait fini par s'assoupir, après avoir endormi Georges.
Au milieu de la nuit, il fut réveillé par un appel de l'enfant.
Il accourut.
—Qu'as-tu, mon petit?
L'enfant avait peur. Il avait fait un mauvais rêve. Il voyait un bateau sur la mer, loin, bien loin, et la tempête arrivait. Sa maman sans doute était sur ce bateau. Mais il ne pouvait pas la voir. Il l'appelait, mais le vent empêchait ses cris d'être entendus... Il suivait toujours le bateau qui plongeait dans la mer, comme ça et comme ça. Comment suivait-il? il ne savait pas. Et puis, tout à coup, le bateau avait chaviré; il était descendu au fond de la mer comme celui de la rade d'Agay et l'enfant avait pensé que sa maman serait noyée! Et de la peur, il s'était réveillé en appelant son père.
Marcant se sentait devenir fou. Ce supplice d'entendre toujours, sans cesse, l'enfant parler de sa mère, l'appeler de ses désirs, de tout son amour, de son désespoir, allait-il donc être éternel? Ni lui ni l'enfant n'y résisteraient! Il s'assit près du petit lit, prit les mains de l'enfant dans les siennes, lui parla, essaya de lui conter une histoire gaie—de chanter même. Mais tout cela demeurait inutile, et il s'y épuisait en vain.
Il avait télégraphié à sa vieille bonne, Germaine, de venir au plus tôt; que sa maîtresse était très malade; qu'il avait besoin d'elle pour le petit. Il comprenait qu'il devrait se séparer parfois de Georges, afin de pouvoir résister à son malheur et vivre pour l'enfant lui-même.
Puis Germaine était arrivée.
—Germaine, madame est partie.