Madame Dauphin partit un matin.

XVIII

L'après-midi elle se faisait annoncer chez Marcant, par une carte de visite sous enveloppe. Elle ne voulait pas le surprendre trop complètement. Elle voulait être accueillie pour elle-même, et que sa mission fût d'avance acceptée de lui. La carte portait ces simples mots:

«Je suis une vieille femme, monsieur, qui viens à vous avec des paroles de paix, et qui désire embrasser un cher enfant de la part de la malheureuse mère.»

Marcant, blême, la rejoignit au salon, après avoir ordonné à Germaine de garder Georges dans sa chambre et de ne le laisser paraître sous aucun prétexte.

—Je vous écoute, madame.

—Je viens remplir une véritable mission, et si c'est moi qui viens, monsieur, c'est que la personne qui m'envoie n'a pu, dans son entière solitude, s'adresser à personne autre...

Madame Dauphin dit alors tout ce qui pouvait sauver Elise, sa tentative pour mourir, son repentir, la nécessité où sa maladie l'avait mise de ne pas quitter l'Ibis; et que le séjour sur ce bateau, où elle ne l'avait pas laissée seule un seul jour, était une circonstance heureuse, puisqu'il avait permis un secret absolu. Elle insistait sur ce point, avec délicatesse, le plus habilement qu'elle pouvait, s'arrangeant pour répéter que, depuis le jour où l'Ibis Bleu avait quitté Saint-Raphaël, Pierre avait quitté l'Ibis Bleu. Depuis ce jour-là il vivait à Paris avec son père... Et maintenant Elise, après sa longue, son inquiétante maladie, était abîmée, mourante—plus touchante que jamais, rachetée mille fois par tant de douleur et de repentir.