XIX

On était au mois d'août. Il était quatre heures et demie à peu près. Aussitôt après le goûter de Georges, à l'heure où tout s'apaise, Marcant prit son enfant par la main et sortit.

Il rusait quelquefois avec le petit, afin de l'empêcher d'emporter son bateau. Ainsi il ne se faisait plus prendre chez lui en voiture. «Nous irons loin, aujourd'hui, disait-il. Tu te fatiguerais à le porter, ou bien ce serait moi.» Et lorsque l'enfant s'était rendu à cette raison, le brave Marcant prétextait une fatigue et prenait une voiture en route. Quant à s'opposer directement aux volontés du petit, qui était si pâle, il en avait de moins en moins le courage. Cet homme si entêté, si solidement campé dans ses moindres volontés, était sans force contre ce regard d'enfant maladif qui se levait vers lui et montait à travers des larmes!

Il se servit ce jour-là de sa ruse ordinaire et le cocher qu'on prit en route ayant choisi la direction de Fréjus, il le laissa faire. Quand on eut dépassé la petite ville:

—Où allez-vous, cocher?

—Nous allons faire le grand tour, revenir par Villépei, Saint-Egulf et la plage.

—C'est bien, allez.

Ils traversèrent la plaine où les vignes nouvelles portaient de lourdes vendanges, en train de mûrir, longèrent, au bout de la plaine, les collines, pour revenir vers la plage.

Là, Georges eut un grand bonheur.

—Oh! papa, cria-t-il, debout dans la voiture et battant des mains. Oh! papa! des chèvres blanches! Oh! papa! qu'elles sont jolies! J'en voudrais une!