Il fallut descendre et admirer les jolies chèvres. Il y en avait bien deux cents. C'étaient des mauresques, toutes blanches, en effet, avec les cornes tordues en lyre, énormes sur leur fine tête. Petite race, maigre et dévorante, nourrie seulement de la coriace végétation des Maures, chêne vert et lentisque.
Georges caressa une chèvre qui ne se laissa pas toucher longtemps. Encore fallut-il que le petit pâtre la maintînt par les cornes. Georges voulut boire du lait de «sa chèvre». Il n'avait pas eu, depuis longtemps, un caprice nouveau. Marcant fut heureux; il aurait voulu acheter la chèvre.
—Mais, dit-il à Georges, qu'en ferions-nous ensuite?
Georges, par bonheur, répéta d'un air capable:
—C'est vrai, qu'en ferions-nous ensuite? Elle ne pourrait pas coucher avec moi dans ma chambre, n'est-ce pas?
Cette idée le fit rire aux éclats. Marcant respira profondément. Il se prenait à espérer, pour l'enfant, l'oubli.
Ils quittèrent les chèvres. La voiture arriva au bord de la mer, et là, tournant à gauche, commença à suivre, le long de la plage, la chaussée inégale, faite de sables et de cailloux sans cesse arrachés par la lame.
Le chemin devint si tourmenté qu'il fallut descendre de voiture. Georges se mit à bondir, à courir vers la vague, à fuir devant elle brusquement, avec des entrechats comiques. Il criait:
—Je suis une chèvre blanche!