—Qu'as-tu?...
Pourquoi n'avait-il pas voulu répondre, l'enfant?
Le père, interrogé, s'expliqua, le soir.
—Tu n'avais pas tort, lui dit la mère, mais comment veux-tu qu'il comprenne? Il vaut bien mieux le contenter en pareil cas; c'est si facile. Tu sais qu'il est sensible comme une fillette. Je m'explique à présent pourquoi il n'a pas voulu de côtelette, à déjeuner! C'est parce qu'il avait gros cœur, en pensant à cette histoire... Il ne pouvait pas... Les morceaux l'étranglaient.
—Mais aussi comment imaginer pareille sensiblerie! grommelait le bon Marcant.
Et tandis qu'on disait: «Comment veux-tu qu'il comprenne?» il comprenait très bien tout le principal de l'aventure, le petit garçon. Son coude s'était oublié sur la table... Les quatre piquants de sa fourchette lui retroussaient sa lèvre rouge. Il ne bougeait pas. Il écoutait avec tous ses yeux. Il épelait la vie, et la vie lui entrait au cœur, pénible et douce. «Maman me défend... Elle m'aime bien plus. C'est papa qui ne comprend pas... Moi je comprends très bien...»
—Mange ta viande ce soir, au moins!
Il se leva et courut à sa maman. Elle le couvrit de baisers passionnés.
—Et moi? dit Marcant en riant. Il ne voyait rien du drame formidable qui venait de passer sur le cœur de l'enfant, de l'impressionner pour la vie, formant et déformant quelque chose en lui—pour toujours peut-être.
Georges alla à son père et se laissa embrasser.