Il s'interrompit pour dire très haut:

—Pas si vite, les avirons! et bien en mesure!

—Qui?... interrogea-t-elle.

—... C'est une jolie anecdote de sa jeunesse. Vous savez qu'il est un des aïeux directs du Yachting, avec son ami Gatayes?

—Ma foi non, dit Elise, je ne le savais pas.

—Eh bien, c'est ainsi, et en ma qualité de yachtman passionné, je dois savoir sur le maître bien des choses... Or, un jour, à Etretat, il avait emmené à la promenade, dans une embarcation, avec deux rameurs, une Parisienne élégante... A un mille du rivage, la voyageuse plaintive donne quelques signes d'inquiétude, pâlit d'abord affreusement... Elle le regarde avec angoisse. Il comprend, cela voulait dire: «Dans quel état indigne de ma grâce et de ma beauté vous allez me voir, bon Dieu! et quel souvenir vous allez garder de l'élégante visiteuse!»—«Madame, lui répondit-il, contre un si vilain mal, on ne sait point de remède, et je ne peux vous rendre, en si fâcheuse occurrence, qu'un seul service: c'est d'être absent... Je m'en vais.»—Comme d'un coupé sur le trottoir, il avait sauté du canot dans le vaste océan et il s'éloignait en tirant sa coupe avec tranquillité.

—C'est très joli, votre histoire, dit Elise. Il n'y a plus que les artistes pour être ainsi galants à la manière des grands seigneurs d'autrefois.

—Je vous remercie pour les artistes, dit Pierre, car je me pique d'en être.

—Vous dessinez? vous êtes musicien?

—Je suis un oisif, madame, je fais donc un peu de tout,—même des vers.