Dans les temps orageux de la révolution, cette sage mesure ne vous eût pas réussi; on en vouloit aux fortunes & aux talens; les seuls intrigans se seroient présentés: mais aujourd’hui que vous avez un gouvernement qui veut mettre l’ordre, l’économie & la justice dans toutes les parties qui lui sont confiées, des compagnies accepteront avec confiance & sécurité les conditions qui leur seront imposées, & rempliront avec zèle celles de leurs marchés.

Mais, Citoyens représentans, n’oubliez pas que les tempêtes de la révolution ont laissé des traces bien profondes, & que le gouvernement doit signaler sa bonne foi, en assurant aux actionnaires une hypothèque invariable pour la sûreté de leurs marchés, comme ils en fourniront pour assurer l’exécution de leur entreprise.

Permettez-moi, Citoyens représentans, de vous soumettre mes vues sur la simplification des services.

Les diligences sont à-peu-près supprimées dans toute l’étendue de la République: on doit attribuer cette cessation de service à plusieurs causes qui tiennent aux finances & au papier-monnoie, ou bien au vice de l’administration elle-même: c’est moins pour le transport des effets & marchandises que cet établissement est à regretter, que pour la célérité du déplacement des individus.

Toute l’attention du gouvernement doit donc se porter à rétablir, à faciliter les transports des citoyens d’un bout de la France à l’autre, sans avoir recours à ces masses énormes qu’on appeloit diligences: il est de l’intérêt le plus grand pour la République, de trouver un mode qui réunisse la légèreté, la célérité, la sûreté & l’économie; l’établissement des malles-postes paroît atteindre ce but.

Elles seront à quatre roues & pourront contenir six personnes, outre le courier de la malle; une vache qui formera l’impériale de la voiture, recevra les dépêches à destination fixe, & les dépêches de route seront placées à côté du courier, en avant de ladite caisse. Chaque voyageur ne pourra porter pour son usage, plus de dix livres pesant. Les entrepreneurs pourront traiter de gré à gré avec les maîtres de postes, pour la conduite de ces voitures. L’administrateur général fixera l’heure à laquelle les dépêches devront être rendues à leur destination, & la quotité de l’amende encourue par les entrepreneurs, pour un retard notoire & non occasionné par force majeure.

Le transport des personnes ainsi effectué, il est nécessaire que leurs effets & bagages les suivent de près; en conséquence, il sera établi des fourgons (les diligences actuelles pourront en tenir lieu, & les suppléer jusqu’à ce que les nouveaux fourgons soient construits). La caisse ne pourra contenir plus de six personnes, & la voiture ne pourra être chargée de plus de vingt quintaux. Il sera payé par personne dans le fourgon, la moitié du prix des places dans les malles-postes. Ces fourgons seront conduits en relais & au pas. Les maîtres de postes feront volontiers ces services.

Quant aux lettres & aux journaux, les liaisons du commerce si nécessaire au soutien de la chose publique, exigent sans doute le rétablissement du départ journalier des couriers.

Nous avons regardé comme une calamité publique, la mesure prise depuis six mois pour le transport des dépêches: les correspondances ne pouvant avoir lieu que de deux jours l’un, paralysent l’activité du commerce, & diminuent de moitié le revenu des postes.

Dans notre plan, le service des principales routes de France se fait tous les jours; chaque jour, six personnes peuvent être transportées par la malle-poste dans les villes principales de commerce; chaque jour, les fourgons chargés d’effets & de marchandises, partent pour les mêmes destinations. De là, plus d’activité pour le commerce; plus de fréquence dans les relations; plus d’ensemble dans les communications, & un revenu plus fixe pour le trésor public.