[Note 728: ][(retour) ] La vie de P. de Ronsard, de Claude Binet, éd. par Paul Laumonier, Paris, 1909, p. 26, lignes 23-24. M. Laumonier, d'ordinaire si judicieux, conteste sans trop de raison que Catherine ait conseillé à Ronsard d'imiter Pétrarque (commentaire, p. 163). Dans Ronsard poète lyrique, qui est de la même année, il est moins affirmatif et admet qu'elle a, par «fantaisie» (p. 256), invité le poète à immortaliser la jeune fille. Le renseignement de Binet est bien plus vraisemblable.--Vianey, Le Pétrarquisme en France, Montpellier, 1909, p. 257, croit que les Premières œuvres de Philippe Desportes (1573) donnèrent à Ronsard l'idée des Sonnets à Hélène. Mais il est difficile d'imaginer que les poésies d'un débutant parues en 1573 aient eu une influence si immédiate sur Ronsard, le grand Ronsard, dont les sonnets, bien que publiés seulement en 1578, étaient, s'il faut l'en croire, écrits dès le mois de mai 1574. Ce qui est hors de doute, c'est que Ronsard a imité, comme Desportes, Tebaldeo, le plus fameux des pétrarquisants parmi les quattrocentistes, mais qu'il l'ait fait avant ou même après Desportes, cela n'exclut pas l'intervention de la Reine-mère.
[Note 729: ][(retour) ] Laumonier, Ronsard, p. 242-256.
[Note 730: ][(retour) ] Lanson, Histoire de la littérature française, Paris, 1895, p. 290 et p. 377-378.
Les fêtes s'accordaient si bien avec ses goûts qu'elle n'était qu'à moitié sincère quand elle invoquait l'exemple de François Ier et même des empereurs romains pour en justifier la dépense. Celles qu'elle donna au cours de son grand voyage et enfin aux Tuileries en l'honneur de l'ambassade polonaise, qui apportait au duc d'Anjou une couronne royale, dépassèrent en magnificence tout ce qui s'était jamais vu. Elle était trop soucieuse de ménager les habitudes de la noblesse pour abolir d'autorité les joutes et les passes d'armes, bien qu'elle eût «juré de n'en permettre jamais despuis qu'elle en vist mourir le roy son mari»[731]. Mais elle inaugura des divertissements dont l'Italie lui fournissait le modèle, entremêlant ces plaisirs dangereux avec les spectacles les plus capables de réjouir l'esprit, l'imagination et les yeux. Il y eut donc comme autrefois des combats à pied, à cheval, à la barrière. A Fontainebleau, à l'exemple des Amadis et autres héros des romans de chevalerie, douze Grecs et douze Troyens, «lesquels avoient de longtemps une grande dispute pour l'amour et sur la beauté d'une dame», vidèrent ce débat les armes à la main, «en présence de grands princes, seigneurs, chevaliers et de belles dames,.... tesmoins et juges de la victoire»[732]. Un autre jour, le prince de Condé et le duc de Nemours offrirent le combat à tout venant. Le chenil du château, où ils attendaient les défis, représentait le palais merveilleux d'Apollidon, souverain de l'Ile-Ferme et grand magicien[733]. A l'entrée du champ clos, bordé de larges fossés et de barrières, était un ermitage, dont l'ermite, singulier héraut de bataille, averti par le son d'une clochette, recevait les appelants et allait prévenir les deux tenants, qui ne refusaient personne. «Et puis rompoient leurs lances et hors la lice donnoient coups d'épée». «Tout cela estoit de l'invention de la Reyne et du brave M. de Sypiere»[734]. Pour clore les luttes, le jeune Roi et son frère attaquèrent une tour enchantée où «estoient détenues plusieurs belles dames gardées par des furies infernales, de laquelle deux géans d'admirable grandeur estoient les portiers» et délivrèrent les prisonnières[735].
[Note 731: ][(retour) ] Brantôme, Œuvres complètes, éd. Lalanne, t. V, p. 276.
[Note 732: ][(retour) ] Les Mémoires de messire Michel de Castelnau, seigneur de Mauvissière, par J. Le Laboureur, 1659, t. I, liv. V, ch. VI, p. 168-169.
[Note 733: ][(retour) ] Sur Apollidon et son palais, voir Le Second livre d'Amadis de Gaule, au commencement duquel sera fait description de l'Isle Ferme; qui y fit les enchantemens et mit les grands trésors qui s'y trouvèrent... (s. n. d. l., ni date), ch. I, fo III et IV, recto et verso.
[Note 734: ][(retour) ] Brantôme, Œuvres, éd. Lalanne, t. V, p. 276-277.
[Note 735: ][(retour) ] Mémoires de Castelnau, t. I, p. 169.
A Bayonne, les chevaliers bretons se portèrent champions de l'austère vertu contre les Irlandais, qui soutenaient la cause de l'honnête amour. Le moyen âge reparaissait rajeuni par l'esprit créateur de la Renaissance.