[Note 764: ][(retour) ] Peut-être aussi s'est-il excusé d'entreprendre un pareil travail à son âge et s'est-il contenté de dresser les «portraicts et desseings». Il mourut le 18 février 1564.
Mais le travail n'alla pas aussi vite que le prévoyait l'ambassadeur et que le désirait Catherine. Le praticien spécialiste étant, dit la Reine-mère, «fort subject à l'apoplexie» et passant pour le seul homme en la chrétienté capable d'accomplir un pareil ouvrage, il convenait de se hâter avant la crise finale. Daniel de Volterra--car c'est de lui assurément qu'il s'agit--mourut en 1566 et n'eut le temps que de fondre le cheval[765].
Pour couler en bronze son mari, Catherine pensa cette fois à Jean de Bologne, un autre disciple de Michel-Ange et flamand éperdument italianisé. Elle pria le prince de Florence, François de Médicis, dont il était le sculpteur attitré, de le lui prêter pour aller achever à Rome la statue d'Henri II et la mettre «en telle perfection qu'elle puisse correspondre à l'excellence d'un cheval qui est jà faict». François refusa de lui donner ce contentement. Le cheval expédié en France attendit vainement son cavalier. Il servit plus tard à une statue équestre de Louis XIII, qui, dressée place Royale, fut brisée en 1793.
Ce n'est pas la seule preuve de l'admiration de Catherine pour Michel-Ange. Ayant su qu'un médecin de Rome voulait vendre l'Adonis--l'Adonis mourant,--«qui est si beau», disait-elle (elle l'avait donc vu en sa jeunesse), elle écrivait au comte de Tournon, son ambassadeur près du pape, de s'enquérir du prix, offrant même, si c'était nécessaire, de donner au vendeur un bénéfice ecclésiastique[766].
[Note 765: ][(retour) ] Sur Daniel Ricciarelli, né vers 1509 à Volterra, voir pour références Müntz, La Renaissance, t. III, p. 551-552.
[Note 766: ][(retour) ] Lettres, II, p. 394. Lettre du (20?) octobre 1566. L'Adonis mourant est maintenant au Musée national de Florence. On conteste qu'il soit de Michel-Ange par de pauvres raisons exposées dans H. Thode, Michelangelo, Berlin, 1912, t. III, p. 111 sq. La lettre de Catherine, écrite deux ans après la mort de Michel-Ange, semble prouver que l'Adonis mourant est bien du grand sculpteur. De quel autre Adonis pourrait-il y être question et avec cette admiration? C'est une question que je me propose de reprendre bientôt.
Mais les travaux de Saint-Denis permirent à Catherine d'apprécier à sa valeur la sculpture française.
Elle avait entrepris d'ériger à Henri II dans la chapelle des Valois un monument funéraire comparable à ceux de ses prédécesseurs immédiats, François Ier et Louis XII. Le Primatice, sans parti pris, avait commandé les bas-reliefs et les figures à des Italiens ou des Français, Dominique Florentin, Jérôme della Robbia, Germain Pilon, Ponce Jacquino, Laurent Regnauldin, François Roussel. Mais tous, sauf Germain Pilon, moururent avant d'avoir achevé ou même commencé leur tâche. Germain Pilon continua ou reprit l'œuvre de ses compagnons, et c'est lui qui est, on peut le dire, le principal ou même l'unique sculpteur du mausolée d'Henri II. Comme dans les grands tombeaux de l'époque, Henri II et Catherine de Médicis sont représentés deux fois: en bas, morts et nus; en haut, sur la plate-forme, revêtus du costume royal et priant. Les gisants sont de marbre et les orants de bronze; ils sont les uns et les autres de Germain Pilon.
Le cadavre d'Henri II accuse de la raideur et de l'affaissement, mais sans excès de réalisme; et sa belle tête renversée sur un coussin fait penser à celle du Christ de Holbein[767]. Le corps de la Reine montre les formes pleines et jeunes encore d'une femme de quarante ans, l'âge qu'elle avait lors de la mort de son mari[768]. Les orants représentent les souverains en leur majesté, agenouillés sur des prie-Dieu, qui ont disparu. Catherine est ressemblante et n'est pas laide. Son manteau de cérémonie laisse voir la taille bien prise sous un corsage semé de pierreries. Henri est drapé dans le grand manteau fleurdelisé, d'où ressort son visage aux traits nobles, à la physionomie fermée d'homme têtu. A l'exemple des vieux «imagiers», Germain Pilon réalisait l'art dans la vérité.
[Note 767: ][(retour) ] Au Musée de Bâle.