[Note 968: ][(retour) ] 8 mai 1579, Lettres, t. VI, p. 360.
Elle dit adieu à sa fille et à son gendre (mai 1579). Marguerite «infiniment attristée» de cette séparation, «s'est enfermée toute seule en une chambre où elle a fort pleuré»[969]. Mais Catherine, bien que sa fille lui fît «grand pitié», se consola vite, trop vite, à la pensée qu'après neuf mois et demi de séparation elle verrait bientôt (en quoi elle se trompait) le Roi son fils. Elle traversa le Languedoc méditerranéen, évitant le rebord des Cévennes, qu'infestaient les bandouliers, et la plaine où sévissait la peste, toujours gaie, malgré sa sciatique, le voyage à dos de mulet et deux nuits passées sous la tente entre les étangs et la mer[970]. Elle obtint par argent ou menace la soumission de Bacon et d'autres capitaines «larrons». Elle cueillit au passage l'hommage de Montpellier, la cité huguenote, s'avançant le long des murailles jusqu'à la porte par un chemin bordé d'arquebusiers, et si étroit que le bout des arquebuses touchait presque à son chariot. Les consuls, en robes rouges et chaperons, vinrent au-devant d'elle «avec toute humilité», et le peuple même, admirant son courage, montra «quelque peu plus de bonne volonté» qu'elle n'espérait (29 mai)[971].
[Note 969: ][(retour) ] Au Roi, 8 mai, t. VI, p. 358.
[Note 970: ][(retour) ] A la duchesse d'Uzès, Lettres, t. VI, p. 360.
[Note 971: ][(retour) ] 30 mai 1579, Lettres, t. VI, p. 379.
De Beaucaire, sa dernière étape en Languedoc, où elle arriva le 30 mai, elle poursuivit les négociations qu'elle avait engagées, de loin, en Provence. Elle y avait fait nommer gouverneur, malgré les préventions du Roi, le bâtard de son mari et de lady Fleming, Henri d'Angoulême, dont elle vantait l'habileté et le zèle. Tout d'abord elle s'imagina, tant les partis déclaraient de bonne volonté à lui obéir, qu'ils ne l'arrêteraient pas longtemps[972]. Elle rabroua fort l'ancien gouverneur, le comte de Suze, qui s'excusait de son insuccès sur le manque de forces «... Et en sela, écrit-elle au Roi, yl ne fault qu'i (qu'il) cet plaigne que d'avoyr creynt ceulx qu'i falloyt qu'il fist creyndre (si ce n'est d'avoir craint ceux de qui il fallait qu'il se fît craindre)» et elle ajoutait fièrement: «car de moy (quant à moi) [je] n'ay forses que vynt (vingt) cornettes, quy ne sont que de satin noyr»--c'étaient les cornettes de ses dames et demoiselles--«mès je m'aseure bien de vous fayre haubéyr et que je leur fayré plustost peur et mal, je antemps (j'entends) par la joustise, qu'ils n'auront la puysance de me fayre sortir, car vous y serés le mestre et haubéy aultant que Roy y feust jeamés»[973]. Mais la pacification n'alla pas aussi vite qu'elle l'espérait. Elle fut obligée de pousser jusqu'à Marseille pour faire sentir sa main de plus près. Les Razats, parmi lesquels il y avait des huguenots, roturiers ou nobles, avaient pris Trans (23 mai 1579) et massacré le châtelain, qui était le gendre du comte de Carcès, et la garnison; les Carcistes, que commandait Hubert de Vins, arrivés trop tard au secours de la place, pillèrent et tuèrent en représailles tout à l'entour[974]. Catherine, par déclaration délibérée dans le petit Conseil qui l'assistait, ordonna aux Razats comme aux Carcistes de poser les armes, ne consentant qu'à cette condition à les recevoir et les entendre. Elle obligea de Vins à licencier ses soldats, Corses, Italiens et Albanais; les Razats, à ramener à Toulon et Antibes l'artillerie qu'ils y avaient prise[975]. Alors elle manda auprès d'elle, à Marseille, les chefs et les représentants des deux partis. Dix-huit villes envoyèrent de nombreux députés, à qui s'étaient joints entre autres gentilshommes, le chevalier d'Oraison et le baron des Arcs. Devant la Reine et ses conseillers, leur avocat, un jeune Angevin, «habitué (établi) à Aix», chargea de Vins et ses gens de guerre des «meschancetez les plus inhumaines, villaines et exécrables que l'on sçauroit jamais penser», «de façon que chascun en avoit horreur», c'est Catherine qui le dit. Carcès demanda la communication écrite des faits allégués pour y répondre[976]. Mais il faut croire que sa défense n'était pas facile, car il craignait d'être arrêté et ne trouvait jamais suffisantes les garanties qu'on lui offrait. Il se faisait recommander par le duc de Mayenne, frère du duc de Guise, dont la présence en ces quartiers, quoiqu'elle s'expliquât par la cession du comté de Tende au duc de Savoie, ne lassait pas d'inquiéter la Reine-mère[977]. Il alla se plaindre aussi à Henri d'Angoulême que tout le monde «inclinoit aux Razats»[978]. Les Razats à leur tour, prenant «grande jalouzye» de cette entrevue, demandèrent que le gouverneur changeât «ses serviteurs domestiques» et prît d'Oraison pour lieutenant. Ils voulaient que tous les délinquants, sans acception de parti, fussent jugés et punis. Le parlement d'Aix montrait même passion de justice. Mais, écrivait Catherine, c'est «chause si malaysaye (malaisée) que je suis après an fayre fayre une partie et le reste un beau pardon général et fayre amis toute la noblesse [ce] qui est le principal»[979]. Henri III, tout en laissant sa mère libre d'agir, écrivait à Villeroy, son confident: «Je voudrais que Vins feust pendeu et M. de Carcès ausy». Les Razats, après avoir accepté le compromis de la Reine-mère, revinrent à leur première intransigeance et repoussèrent le projet d'amnistie. Catherine constatait mélancoliquement que les «furyes et rages» de ce pays-là étaient «encore plus grandes que nul aultre des païs» où elle avait passé[980]. Henri d'Angoulême, découragé, parlait de se retirer et elle-même écrivait à son fils que si elle n'était pas sa mère elle serait déjà bien loin[981]. Mais elle se ressaisissait vite. Elle remontra aux Razats qu'elle avait ordonné au gouverneur de composer sa compagnie de Français et de Gascons, «qui ont aussy bien de la teste qu'eux», qu'il ne ferait d'ailleurs que ce qu'elle lui commanderait pour le service du Roi, et que, ne quittant pas le pays, il rendrait inutile en fait l'office de lieutenant-général que, dans une intention d'apaisement, elle avait décidé de laisser au comte de Carcès[982]. Après une scène très vive entre les chefs des deux partis en sa présence, elle parvint à leur faire jurer «de garder la paix et l'ordonnance» et puis les fit tous embrasser[983].
[Note 972: ][(retour) ] 2 juin 1579, au duc de Nemours, Lettres, t. VI, p. 383; ibid., au duc de Nevers.
[Note 973: ][(retour) ] Lettres, t. VII, p. 7.
[Note 974: ][(retour) ] Au Roi, 9 juin 1579, Lettres, p. 4, et note 1. Trans, entre les Arcs et Draguignan (Var).
[Note 975: ][(retour) ] 15-17 juin, Lettres, t. VII, p. 11.