[Note 985: ][(retour) ] Lettres, t. VI, p. 364.

[Note 986: ][(retour) ] Voir, sur toutes ces contraventions à l'Édit, sa lettre du 20 juillet 1579, t. VII, p. 52-56.

Elle avait à l'occasion le courage de défendre Henri III contre lui-même. Il n'oubliait ni ne pardonnait rien, aussi rancunier que sa mère, mais au contraire d'elle «franc et sincère». Incapable de subordonner ses sentiments à ses intérêts, il décourageait de le servir, par antipathie, prévention ou préjugé, des hommes de mérite et de bonne volonté. Catherine se désolait de ce manque d'esprit pratique et même parfois, mais rarement, elle s'enhardissait à lui faire la leçon. Elle avait eu quelque peine à le décider à nommer au gouvernement de Provence, Henri d'Angoulême, grand prieur de France, à qui elle ne gardait pas rancune de sa naissance. Suze criait à la spoliation; le maréchal de Retz, qui avait résigné en faveur de Suze, estimait la «récompense» qu'il avait reçue insuffisante. Les Carcistes dénigraient l'élu de la Reine-mère[987]. La Cour se passionnait pour ces griefs particuliers sans se préoccuper du bon gouvernement de la Provence, Henri III, qui n'aimait pas ce frère naturel, pour une raison qu'on ne sait pas ou peut-être sans raison, renvoyait à sa mère les plaintes dont il était importuné, en la priant d'y pourvoir. Elle finit par perdre patience. Elle avait, lui écrit-elle, choisi le grand prieur pour le bien de son service. Il est vrai qu'autrefois, elle lui avait conseillé de ne pas lui donner de gouvernement, mais «je vous dys à ceste heure que non pas icy, mais partout où le mettrez il vous servira fidellement et bien et a de l'entendement (et m'en croyez) pour vous bien servir... enfin il est comme le petit Charles[988] et croyez qu'ils ne fauldront à mon advis ni l'ung ni l'aultre à vous estre fidelz, car ils ne peuvent ny ne sont que ce que les ferez estre. Je les vous recommande tous deulx, l'ung pour estre fils de ce que plus aymois que moy (Henri II) et l'aultre pour l'estre de son fils et du mien[989]. Je vous supplie m'excuser si j'en ay trop dict et [m'] aymer toujours.» Les questions dont il s'embarrassait étaient faciles à régler. «Quand au Sr. de Suze, si [vous] bailliez au fils du marechal [de Retz] les gallères (le généralat des galères), ne les voullant Suze, les six mille francs demeureroient à Suze.... Voilà mon avis vous en ferez comme il vous plaira et surtout je vous supplye que ne me les renvoyez plus (les plaintes ou les plaignants)»... «Une bonne abbaye au fils de Suze et tout seroit content»[990]. Mais il est probable que tout le monde ne le fut pas. Et prenant la question de plus haut, la Reine-mère exposa au Roi les dangers d'une politique inconsistante, sans programme et sans suite, fluctuant au vent des sollicitations et des influences. «Ces passions particulières que viennent de vostre Court ruynent toutes nos affayres; et n'est plus temps de les dissimuler, car cela ne tend que à voulloir chascun avoyr ung coin de vostre royaulme. J'ayme tout le monde, mais je n'ayme rien quand on brouille noz affayres et à la fin j'espère mettre toutes ces provinces de façon que, au lieu que l'on vous veult tenir tousjour en crainte, vous y tiendrez les aultres; et en fault venir là ou aultrement vous ne seriez que comme j'ay esté quand n'aviez que dix ans, et, [sous] le feu Roy, vostre frère. Quand à moy, je m'asseure si commandez bien ferme et que faciez observer la paix, que vous vous verrez dans la fin de ceste année hors de paige (page) aussi bien comme disoit le Roy vostre grand père[991] que s'estoit mis le roy Loys VIII. Et vous supplye faictes vos affayres et après contentez les aultres; car nous avons tant voullu contenter tout le monde que [vous] en avez cuidé estre mal content. Ce qui conserve le bien de l'Estat, c'est vostre auctorité. Allez devant tout auprès[992], vous aurez moien de fayre tous ceulx qui le méritent et vous ont bien servy contens; et à ceste heure il semble que ce soit de peur et non pour les contenter ce que vous en faictes. Pardonnez-moy, je vous parle la vérité et d'affection comme je la vous doibz (dois)»[993]. Elle raisonne admirablement sur le papier.

[Note 987: ][(retour) ] Catherine était de méchante humeur contre les Provençaux, une race mêlée, dit-elle, «fort partisans et surtout mauvais», 18 octobre 1579, Lettres, t. VII, p. 178.

[Note 988: ][(retour) ] Charles de Valois, bâtard de Charles IX et de Marie Touchet. Catherine l'aimait beaucoup et lui laissa par testament la plus grande partie de ses biens. D'abord comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulême, il resta fidèle à Henri III, mais il conspira contre Henri IV, dont sa sœur utérine, Henriette d'Entragues, était la maîtresse.

[Note 989: ][(retour) ] Elle n'avait point de préjugés contre les bâtards, étant d'une famille où les bâtards abondaient et d'une époque où la descendance illégitime ne passait pas encore pour une tare.

[Note 990: ][(retour) ] 9 Juin 1579, Lettres, t. VII, p. 8.

[Note 991: ][(retour) ] François Ier. Voilà l'origine d'un mot fameux. Mais est-il possible que François Ier ait attribué le mérite de l'émancipation royale au père de saint Louis, qui ne régna que trois ans et n'eut pas le temps de donner sa mesure? Il est vraisemblable qu'il faut lire Louis XI au lieu de Louis VIII.

[Note 992: ][(retour) ] Lettres, t. VII, p. 28. Il faut lire probablement: «Allez devant tout, après....»

[Note 993: ][(retour) ] Lettres, t. VII, p. 27-28.