[Note 1278: ][(retour) ] Ibid., p. 269.
Henri III consentait, quoi qu'il lui en coûtât, à révoquer son Édit de pacification, mais il trouvait trop humiliant d'accorder à ses sujets catholiques des places de sûreté, comme aux huguenots, en garantie de sa parole. Catherine savait qu'il faudrait céder sur ce point comme sur l'autre, ou sinon, «ceret (ce serait) enplatre qui ne guéryra la playe» [1279]. On le vit bien à Jalons, près de Châlons, où elle était allée chercher Guise et Bourbon, qui de nouveau se dérobaient. Quand le médecin du Roi, Miron, qui circulait entre Paris et Epernay, soignant le «catarrhe» de Catherine et la congestion de l'État, apporta la nouvelle que le Roi interdisait l'exercice de la religion prétendue réformée en tout son royaume, le cardinal de Bourbon, écrit Catherine à son fils, «prenant la parole a commencé, joingnant les mains, à rendre grace à Dieu de vostre saincte intention, disant... qu'il falloit du tout extirper et desraciner cette hérésie, c'efforçant de monstrer qu'il ne falloit pas seulement oster l'exercice de la prétendue religion, mais.... la desraciner entièrement et qu'ils ne demandoient rien que cela, répétant si soubvent la mesme chose» qu'elle l'avait prié d'abréger ce propos. Mais le duc de Guise «que je voyois bien à son contenance avoir grande poyne d'oyr parler ainsy franchement le cardinal de Bourbon» intervint pour dire «qu'en traictant du faict de la relligion, il falloit aussy adviser à leurs seuretés et de leurs colligués... et qu'ils avoient toujours joinct... les deux poincts de la relligion et leurs seuretés et que l'ung ne se pouvoit faire sans l'aultre». Catherine proposa de mettre par écrit, immédiatement «quelque bonne résolution» pour décharger le pauvre peuple de tant de maux, et de renvoyer à plus tard le règlement des sûretés. Elle s'adressa au Cardinal qu'elle voyait si bien disposé. Et lui tout d'abord consentit à ce qu'elle disait, mais il s'aperçut «qu'il s'estoit un peu trop ouvert au gré de Monsieur de Guise» et il en vint lui aussi aux sûretés. Le Duc demanda que le Roi leur fit connaître par écrit son «intention» sur ce point, «pour y adviser et répondre». Quoi que la Reine dît, elle ne réussit pas «à les ranger à leur debvoir»[1280].
Il ne fut pas facile de se mettre d'accord sur le lieu d'une nouvelle conférence, le Duc refusant de revenir à Epernay et la Reine d'aller à Châlons, où il commandait en maître.
Même au lit et ne pouvant écrire, Catherine parlait, dictait, ordonnait, veillait à tout. Elle signalait à son fils les mouvements des Ligueurs, écrivait aux gens de Metz de se garder, ne cessait de recommander au Roi «d'estre... le plus fort»[1281]. «Quand vous serez préparé, vous aurez tousjours la paix plus avantaigeuse»[1282]. Le «bâton porte paix», déclarait-elle pittoresquement[1283]. Le Roi n'a pas assez de forces, constate-t-elle avec mélancolie. Elle le presse de «hâter» ses «forces» et de «les avoir les plus grandes» qu'il pourra, car «aultrement chacun vous vouldra donner la loy et... quand ce viendra à leurs seuretés, en vous demandant des choses trop déraisonnables»[1284].
[Note 1279: ][(retour) ] Ibid., p. 275.
[Note 1280: ][(retour) ] 7 mai 1585, t. Lettres, VIII, 278-279.
[Note 1281: ][(retour) ] 25 avril 1585, Ibid., p. 263.
[Note 1282: ][(retour) ] Ibid., p. 251 et p. 272.
[Note 1283: ][(retour) ] Ibid., p. 249.
[Note 1284: ][(retour) ] Ibid., p. 280.