[Note 1291: ][(retour) ] 3 juin 1585, Ibid., p. 311.
[Note 1292: ][(retour) ] Ibid., p. 316.
[Note 1293: ][(retour) ] Recueil de pièces, p. 325.
En même temps, ils faisaient avancer leurs troupes. Le colonel Pfyffer, qui les avait rejoints, leur amenait des Suisses et se faisait fort de débaucher les Suisses du Roi. La Reine n'avait pas cessé de craindre une attaque sur Paris «où yl (le duc de Guise), écrivait-elle déjà le 21 mai, espère faire un grand efest (effet) pour les yntelligense qu'il s'asseure d'y avoir, à ce qu'il dyst tout hault sans nomer personne. Faytes-y prendre guarde, et surtout autour de vostre personne, car vous voyés tant d'infydélités que je meurs de peur»[1294]. Elle insiste: «Jé aublié de dyre au Roy qu'il pregne guarde à luy et dans Parys qu'il n'i avyègne neule sedytyon, aprochans ceus [d']ysi»[1295]. Henri III prit des mesures en conséquence; la garde des portes fut renforçée; les chefs de la milice parisienne qui étaient suspects furent destitués, et remplacés par des officiers de robe longue et de robe courte. Il se donna une nouvelle garde du corps, les Quarante-Cinq, «pour estre toujours auprès de lui». C'étaient pour la plupart des cadets de Gascogne, qui n'avaient rien à espérer que de sa faveur, et qui lui étaient dévoués jusqu'à la mort et jusqu'au crime[1296].
[Note 1294: ][(retour) ] Lettres, t. VIII, p. 290.
[Note 1295: ][(retour) ] Lettre du 7 juin à Brulart, Lettres, t. VIII, p. 313.
[Note 1296: ][(retour) ] Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 247.
Cependant sa mère le pressait de traiter avec les chefs ligueurs à tout prix. Il finit par céder et envoya Villeroy à Epernay porter les articles de sa capitulation. L'accord fut arrêté le 20 juin et signé le 7 juillet à Nemours. Le Roi prit à sa charge les forces levées par la Ligue, permit aux cardinaux de Bourbon et de Guise, aux ducs de Guise, de Mayenne et de Mercœur d'avoir une garde à cheval qu'il paya, concéda des places de sûreté à tous les chefs du parti, et des avantages et des faveurs à leurs clients et à leurs amis.
Naturellement, le traité conclu, les ennemis de Catherine l'accusèrent de l'humiliation de son fils. Pour se rendre nécessaire, elle aurait encouragé le duc de Guise à prendre les armes, et favorisé de tout son pouvoir le succès du parti catholique[1297]. Mais sa correspondance prouve qu'elle défendit de son mieux les intérêts du Roi, et qu'elle subit une paix humiliante pour éviter une guerre, dont les suites auraient pu être plus humiliantes encore, ou même funestes. Henri III n'aurait pu faire tête aux ligueurs qu'en appelant les réformés à l'aide, mais c'eût été reconnaître pour successeur le roi de Navarre, malgré son hérésie, et risquer de soulever le reste des catholiques. Entre deux maux, Catherine avait choisi le moindre.
Et vraiment, sauf ce calcul des chances et sa tendresse pour ce fils qu'elle savait incapable d'un effort suivi, quel autre motif aurait pu la déterminer à rapprocher au prix de tant de concessions Henri III et le duc de Guise? On n'imaginera pas que ce fut par excès de zèle religieux. Il est vrai qu'en vieillissant elle est devenue plus dévote. Et, sans vouloir rien préjuger de sa croyance d'alors au Purgatoire et à la rémission des péchés, il est remarquable toutefois qu'en 1568 elle ne se fût pas décidée, malgré les sollicitations du peintre Vasari, à faire les frais d'un service perpétuel en l'église de Saint-Laurent de Florence pour le repos de l'âme de son père, de sa mère et de son frère naturel, Alexandre. Mais les épreuves, qui allaient se multipliant, lui rappelèrent la nécessité de recourir à Dieu, ce maître souverain[1298].