[Note 1297: ][(retour) ] Davillé, Les prétentions de Charles III à la couronne de France, p. 91, et références, note 2.
[Note 1298: ][(retour) ] Déjà en 1575, quand les huguenots et les catholiques unis se préparaient à faire la loi à Henri III, elle lui recommandait d'apaiser l'ire céleste, en renouvelant les ordonnances contre les blasphémateurs, en nommant des gens de bien aux bénéfices ecclésiastiques et aux évêchés. Lettres, t. V, p. 145-146.
Le péril de son fils la fait souvenir alors qu'il y avait peut-être une âme en peine, celle d'Henri II, et, mêlant ses inquiétudes de mère à ses regrets d'épouse, elle fonda (23 janvier 1576) une messe perpétuelle en l'«église, collegial et chappelle royal Nostre Dame de Cléry» pour le roi Henri défunt, pour elle et les rois ses enfants, «et pour la paix et repos de ce royaume et pour la conservation d'icelluy». Elle donna et légua au chapitre une rente de 220 livres sur les revenus de la baronnie de Levroux--terre et baronnie incorporée et unie au domaine de Chenonceaux--à charge pour le doyen et les chanoines de dire tous les jours à perpétuité une messe basse au principal autel, à sept heures du matin, après la messe fondée en cette église par «deffunct et de bonne mémoire le roi Loys unziesme»--à qui, on se le rappelle, elle pensait beaucoup en ce temps-là--et chaque an «ung service et obit complet le dixième jour de juillet», jour anniversaire de la mort d'Henri II. Lettres, t. VIII, p. 412. Trois jours après (26 janvier 1576), Catherine affectait aux embellissements de Chenonceaux les revenus de la baronnie de Levroux; mais elle réservait expressément 220 livres pour la fondation de Cléry (Lettres, t. VIII, p. 24, note). En 1582, quand elle disposa de la baronnie en faveur de la comtesse de Fiesque (Alfonsina Strozzi), elle proposa aux chanoines et obtint d'imputer les 220 livres sur le duché d'Orléans qui lui avait été attribué.
Elle ne s'était jusque-là préoccupée, à ce qu'il semble, que du corps de son mari, à qui elle préparait un «sepulchre magnifique» à Saint-Denis. Maintenant, elle paraît tout à fait convaincue de l'efficacité des œuvres au sens catholique. Dans une lettre du 27 avril 1582, elle annonce à son ambassadeur à Venise, Arnaud Du Ferrier, qu'elle voue un présent à Notre-Dame de Lorette, et, comme il n'est achevé, elle désire que le bon Père Edmond Auger--ce Jésuite dont en 1573 elle dénonçait le prosélytisme au duc d'Anjou--demeure en Italie encore quelque temps afin que l'offrande soit présentée «de sa main» «comme une chose» qu'elle a «très au cœur»[1299]. C'est probablement la lampe (lampade) dont il est question dans un acte du 8 avril 1587 et dans une lettre du 2 août de la même année, qui devait brûler perpétuellement devant l'autel de la Madone et à l'entretien de laquelle elle affecta une somme annuelle de cent écus pris sur ses revenus de Rome[1300]. Après une entrevue de ses fils, Henri III et le duc d'Anjou, à Mézières, et une nouvelle réconciliation, elle écrivait de cette ville même son intention de donner aux Murate de Florence, les bonnes Murate, dont elle sollicitait les prières pour le Roi et pour elle, des biens-fonds en Toscane, d'un revenu de 6 000 écus[1301]. Par contrat du 5 juin 1584, elle les gratifia en toute propriété d'un grand domaine de quatre fermes qu'elle avait acheté au Val d'Elsa, à charge pour l'abbesse et les nonnes de chanter tous les jours le Salve Regina pour le salut, santé et conservation de son très cher fils, Henri III, roi de France, et de célébrer une messe solennelle des morts le 10 juillet pour l'âme d'Henri II. Elle demandait pour elle-même de dire à son intention, de son vivant, la veille de Sainte-Catherine, les vêpres, et le jour même (25 novembre) la messe; et à perpétuité, quand Dieu l'aurait rappelée à lui, les vêpres et matines des morts, le jour anniversaire de sa mort, et le lendemain l'office et messe des morts[1302]. Dans la lettre qu'elle leur écrivit le 14 août 1584, pour leur annoncer l'envoi de l'acte de donation, elle les prévenait aussi qu'elle mettait à leur disposition mille écus d'or d'Italie, dont la moitié devait être employée à l'achat du bétail pour les métairies dont elle les faisait propriétaires «et le surplus au paiement d'une statue de marbre qui me représentera, laquelle sera mise» en leur «église suyvant le pourtraict (le dessin)» qu'elle adressait au grand-duc de Toscane[1303]. La donation faite à Saint-Louis des Français à Rome (mai 1584) est plus connue parce qu'elle a duré [1304]. Après de longs procès contre Marguerite de Parme, veuve d'Alexandre de Médicis (voir l'appendice), Catherine avait recouvré une grande partie des biens-fonds des Médicis, entre autres le palais des Médicis--aujourd'hui palais du Sénat--situé tout à côté de l'église Saint-Louis et de l'hôpital de la nation française, ainsi que des maisons et boutiques et autres constructions contiguës à ce palais. De toutes ces dépendances, la Reine assigna le revenu aux gouverneurs et administrateurs de l'église et de l'hôpital aux mêmes conditions de prières et de messes. Sixte-Quint avait chargé Saint-Gouard, alors ambassadeur à Rome, de remettre à Catherine de sa part «une medaille qui, avec un cent de semblables, a esté trouvée dans une cassette d'airain, presque toute consommée de la rouille, parmy les fouilles qu'il a faict à Saint-Jehan de Latran près le baptistaire de Constantin». Le Pape était «après à verifier si ce aura esté ledict Constantin ou sainte Hélène, sa mère, qui les y aura mises, et lors il se déllibère d'y appliquer une infinité de très grandes indulgences[1305]». Saint-Gouard, marquis de Pisani, très fin courtisan sous sa rudesse apparente, n'aurait pas ajouté qu'il ne faillirait pas d'envoyer les indulgences à la Reine si elle n'y avait pas eu foi.
[Note 1299: ][(retour) ] Lettres, t. VIII. p. 53.
[Note 1300: ][(retour) ] Ibid., t. IX, p. 227, et t. IX, p. 451. Sur les biens-fonds de Catherine à Rome et en Toscane, voir en appendice, Les droits de Catherine sur l'héritage des Médicis, p. 413-414.
[Note 1301: ][(retour) ] Lettres, t. VIII, p. 112.
[Note 1302: ][(retour) ] Ibid., t. VIII, p. 442.
[Note 1303: ][(retour) ] Lettres, t. VIII, p. 208.--En 1588, elle renonça à faire payer aux Murate les frais de la statue et même leur envoya un portrait d'elle «au vif très bien faict». Lettres, t. VIII, p. 208, note 3. C'est peut-être celui qui est dans le couloir du Musée des Uffizi au palais Pitti.
[Note 1304: ][(retour) ] Texte de la donation, Lettres, t. IX, p. 493-494--Cf. t. IX, p. 451, 221 et 227.
[Note 1305: ][(retour) ] Lettre de Pisani du 30 juin 1587 en app. dans Lettres, t. IX, p. 481-482.