[Note 1311: ][(retour) ] Guy de Bremond d'Ars, Jean de Vivonne (Pisani), sa vie et ses ambassades, 1884, p. 182-185.

Catherine ne fut, semble-t-il, informée qu'après coup. Son fils affectait de la tenir à l'écart des affaires[1312]. Elle saisit l'occasion de ce différend pour offrir ses bons offices, qu'on ne lui demandait pas. Au fond, elle trouvait au Roi autant de tort qu'au Pape, mais elle ne se serait pas aventurée à le lui dire. Elle commença par écrire à Pisani qu'elle était «très marrie de l'injure faite au Roi «en sa» personne»[1313]. Elle recommanda au cardinal Ferdinand de Médicis les intérêts de leur maison. Puis, ayant su quelque temps après que Sixte-Quint se préparait à excommunier le roi de Navarre et à le déclarer déchu de ses droits à la Couronne, elle adressa à Villeroy, n'osant l'adresser directement à Henri III, son avis sur les difficultés pendantes. Elle ne se préoccuperait pas, disait-elle, de la bulle annoncée s'il n'y avait lieu de craindre qu'elle n'apportât «plus de mal que ce que nous avons ou sommes prestz à avoir». Le roi de Navarre ne montrait pas grande envie de se soumettre à la volonté du Roi et ses dispositions n'en seraient pas changées. «... En tout cecy (renvoi de l'ambassadeur et obstination du roi de Navarre) je n'y vois mal que pour le Roy, car si je le voyois avoir les moyens pour estre fort, comme je voudrois qu'il le fust, je ne me soucierois pas d'un bouton de toutes les pratiques et menées, car il n'y aurait pape ny roy et moins encores ses subjets qui ne s'estimassent bien heureux les uns de luy complaire, les autres de luy obéir». On avait besoin du consentement du Pape pour tirer quelque argent du clergé. «... Jusque là si j'estais creue (et cette réserve prouve qu'elle ne l'était pas en ce moment), je ferois le doux à tous papes et roys pour avoir le moyen de avoir les forces telles que je peusse commander et non leur obéyr, car de commander et n'estre point obéy, il vaut mieux faire semblant de ne vouloir que ce qu'on peut, jusques à ce que l'on puisse faire ce que l'on doit»[1314]. Il ne faut pas s'émouvoir trop de l'insulte faite au Roi, car elle vient, dit-elle avec quelque dédain, d'un pape et non d'un prince. Et d'ailleurs «... vous savez comme l'on a affaire de luy pour avoir de l'argent et aussi pour l'empescher de faire quelque chose extraordinaire contre le service du Roy, veu le peu de raison qu'il a (Sixte-Quint passait très justement pour être colérique) et le peu de respect qu'il porte à tous les princes»[1315].

[Note 1312: ][(retour) ] Rares sont les lettres d'un caractère politique en août et septembre 1585.

[Note 1313: ][(retour) ]: 17 août 1585, Lettres, t. VIII, p. 347.

[Note 1314: ][(retour) ] 14 septembre 1585, Lettres, t. VIII, p. 350-351.

[Note 1315: ][(retour) ] 16 septembre 1585, Ibid., p. 352.

Elle croyait si utile de «rhabiller ce désaccord» qu'elle offrait d'aller elle-même à Rome. Le Roi y avait envoyé M. de Lenoncourt, mais l'évêque d'Auxerre n'était pas l'ambassadeur qu'il eût fallu. Ce n'était pas, assurait-elle, par dépit qu'elle blâmait ce choix, bien qu'elle vît, «à dire la vérité», qu'on l'avait fait pour empêcher qu'elle n'y allât et ne fit «quelque chose» à son «avis»[1316]. Maintenant elle n'y pourrait aller que si son fils faisait entendre au Pape par le cardinal d'Este, protecteur des affaires de France, les raisons de son voyage et si Sixte-Quint renonçait à sa déclaration contre le roi de Navarre. Elle mettait tant de conditions à son envoi qu'il n'est pas bien sûr qu'elle en eût envie. Mais elle tenait à démontrer son affection à ce fils qui la boudait. C'est aussi à même fin qu'elle travaillait et réussit, après une négociation de près d'un an[1317], à décider le duc de Nevers à faire amende honorable à Henri III de sa velléité d'adhésion à la Ligue. Mais quelque zèle qu'elle montrât, elle n'avait plus même crédit. Le désaccord de la mère et du fils sur la politique à suivre allait grandissant. Henri III, par paresse, par scrupules dynastiques, par orgueil, par haine des Guise, ne se décidait pas à faire aux protestants la guerre sans merci à laquelle il s'était obligé.

[Note 1316: ][(retour) ] 14 septembre 1585, Ibid., p. 351.

[Note 1317: ][(retour) ]: Documents publiés par M. le Cte Baguenault de Puchesse, Lettres, t. VIII, passim, et t. IX, app., p. 397 sqq.

Catherine appréhendait le danger de ces atermoiements. La Ligue marcherait contre le Roi, si le Roi ne marchait contre les hérétiques. Que le Pape publie la bulle privatoire contre le roi de Navarre, et il «se faut résoudre de faire, écrivait-elle à Villeroy, mais à l'intention de son fils, ce que du commencement de tout ce remument icy ceux (les ligueurs) qui les (le) ont commencé, en ont projeté. Car aussi bien si vous ne faictes de bonne voulonté, à la fin on sera contrainct d'en venir là»[1318].