[Note 1318: ][(retour) ] 14 septembre, Lettres, t. VIII, p. 351.

Henri III parut décidé. Il se rapprocha de sa mère, et le 16 octobre il fit enregistrer par le Parlement une déclaration du 7, qui ordonnait à tous ses sujets protestants de se convertir dans quinze jours ou de quitter le royaume.

Mais il employa le moins possible les chefs de la Ligue à exécuter le dessein de la Ligue. Il ne confia pas d'armée au duc de Guise, et s'il consentit à donner à Mayenne le commandement de celle de Guyenne, il négligea de lui envoyer des renforts et de l'argent. Il eut ce contentement que Condé rejeta au delà de la Loire le duc de Mercœur, qui avait envahi le Poitou, et qu'il fut à son tour mis en déroute par Henri de Joyeuse, un frère du favori, et forcé de se réfugier à Guernesey (octobre). Ce double succès des protestants sur les ligueurs et des troupes royales sur les protestants l'enhardit tant qu'il avoua les bourgeois d'Auxonne, qui le 1er novembre avaient emprisonné leur gouverneur pour la Ligue, Jean de Saulx-Tavannes. Catherine elle-même, qui n'avait capitulé à Epernay que par peur d'un plus grand mal, en profita pour faire la leçon au duc de Guise. «Pour le fait de ce qui est avenu à Aussonne, vous avez grande occasion de le remercier (le Roi) et par vos effets luy faire connoistre l'assurance que vous avez de sa bonne grace et vous connoistrez par là qu'il vous a dict vray, que, vous comportant avec luy comme la raison veut, luy faisant connoistre que vous vous voulez conformer à toutes ses volontez et avez toute assurance de sa bonne volonté, qu'il feroit plus que ne sauriez désirer. Je vous prie donc me croire, et qu'il connoisse qu'estes content et que n'avez plus nulle défiance qu'il ne vous ayme»[1319]. Elle voulait à toute force qu'il se rendît auprès d'Henri III pour louer Dieu tous ensemble «de nous avoir donné la victoire (sur les protestants) par ses mains seulle, sans que nul des nostres aist été en hazard»[1320]. Mais Guise aurait mieux aimé que ce fût par celles de la Ligue.

[Note 1319: ][(retour) ] Ibid., p. 364, 8 novembre.

[Note 1320: ][(retour) ] 15 novembre, Ibid., p. 366.

Cependant les huguenots n'étaient pas tellement «étonnés» de leur échec qu'ils songeassent, comme elle l'espérait, à se faire catholiques. Le roi de Navarre avait renoué avec Montmorency-Damville, à qui Joyeuse voulait ôter son gouvernement de Languedoc, l'ancienne alliance des huguenots et des catholiques unis (entrevue de Saint-Paul de Cadajoux, près de Lavaur, 10 août 1585). Il avait député Ségur-Pardaillan à Élisabeth et aux Allemands pour demander à l'une la somme nécessaire à la levée d'une armée et offrir aux autres «auprès de qui il (l'ambassadeur) allait sans argent ni latin» de les payer en terres, faisant «des colonies en ce royaume de ceux qui y voudront venir».

La passion du roi de Navarre à défendre son parti déconcertait Catherine qui, à défaut de conversion, se fût contentée, semble-t-il, d'une défection. Je «croy, écrivait-elle à Bellièvre, que, quant le roy de Navarre auré byen considéré l'état de toutes chauses, et du présant et de l'avenir, qu'il conestra que tout son plus grent byen c'et de se remettre du tout à la volanté du Roy, ay (et) luy aider par tous moyen à fayr poser les armes,... et que ryen ne le peult fayre que luy, set remetent (se remettant), come yl douyt (il doit) pour son byen à cet que le Roy luy demandera». Son grand argument c'est qu'Henri III, qui avait toujours jusque-là ménagé ses sujets huguenots, serait encore plus accommodant quand ils auraient désarmé et qu'il serait «seul fort en son royaume». Mais quand Clervaut lui demandait: «Que fera le roi de France pour le roi de Navarre?», elle éludait la question. «Que sarét-yl fayre d'adventège (davantage) quand yl serèt son fils que ly concéler (conseiller) de fayre cet que (qui) le peult asseurer de demeurer cet qu'il est nay (né) en cet royaume, et le prenant en sa bonne grase et protection, que peult-yl désirer d'aventège?»[1321]. Le roi de Navarre n'était pas assez naïf pour se rendre à merci.

Elle résolut d'aller le convaincre et partit en juillet 1586 pour Chenonceaux, où elle était plus près du théâtre de la guerre et des négociations. Mais elle avait affaire à forte partie. Il lui fit dire, écrivait-elle à Bellièvre, 10 août 1586, «que yl desirèt de parler aveques moy et cet (se) dégorger et que yl savèt byen qu'yl avoit le moyen de pasyfier cet royaume et qu'yl avèt tousjour coneu que je le désirès», et qu'«yl me fayrèt conestre que yl desirèt me donner contentement»[1322].

Mais ce n'étaient que paroles pour l'amuser, pendant qu'il négociait sous main avec le maréchal de Biron, que le Roi avait envoyé contre les protestants de l'Ouest. Quand il eut obtenu de lui qu'il levât le siège de Marans, près de la Rochelle, et qu'il consentît une sorte de trêve (août 1586), il fit le «dyfisile» pour aller la voir. Catherine, qui n'avait rien su de cet accord qu'après sa conclusion, se désolait de voir se perdre l'argent de son fils et croître la réputation de son gendre. Le roi de Navarre obtint encore que, pendant les conférences, Biron éloignerait ses troupes et qu'il ne se commettrait aucun acte d'hostilité «es provinces du Hault et Bas Poictou, Angoumois, Xainctonge, païs d'Onys (Aunis et Brouage)»[1323].

[Note 1321: ][(retour) ] Décembre 1585, à Bellièvre, Lettres, t. VIII, p. 376.