Elle avait eu double négociation à conduire, avec ce gendre qui se montrait intraitable, avec son fils, dont les instructions changeaient d'une lettre à l'autre. En janvier 1587, il écrivait à sa mère qu'il était résolu à la guerre, si le roi de Navarre refusait «de se réduire à la religion catholicque et y ranger ceulx de son oppinion»[1330]. Mais le même mois, il prévoyait une trêve d'un ou deux ans pour permettre la réunion d'une assemblée des États ou des principaux du royaume, qui aviseraient «au salut d'iceluy». Il faudrait pourtant que le roi de Navarre l'aidât «au faict de la religion». S'il se convertissait, il lui conserverait le rang «qui luy appartient en ce royaume» et ne souffrirait «qu'il luy en soit faict aucun tort». En outre, il lui donnerait une pension «telle que l'on a accoustumé de donner à un filz de France, qui est de cent mil livres tournois par an; mais il luy fault oster l'espérance d'avoir un appanage»; car c'est chose qu'il n'accorderait jamais. Toute cette affaire doit être conduite très secrètement pour ne pas encourager la désobéissance des huguenots ou provoquer l'inquiétude des catholiques[1331].

[Note 1328: ][(retour) ] Ibid., p. 115-116.

[Note 1329: ][(retour) ] Ibid., p. 118 note 1 et p. 121, 18 déc. 1586.

[Note 1330: ][(retour) ] Janvier 1587, Ibid., t. IX, p. 431.

[Note 1331: ][(retour) ] Ibid., IX, p. 436-437.

Peut-être Catherine a-t-elle employé d'autres arguments pour décider son gendre à changer de religion et de parti.

Après la mort du duc d'Anjou, la reine de Navarre avait plus intérêt que jamais à maintenir en étroite union son frère, qui n'avait pas d'enfant, et son mari, que la loi salique appelait à lui succéder. Mais il aurait fallu aimer les deux rois ou mieux encore être aimée d'eux. La réconciliation des deux époux n'avait pas été suivie de cet accord parfait que la Reine-mère recommandait à la protection divine. Le roi de Navarre s'était épris, et comme toujours follement, de Diane d'Andouins, veuve de Philibert, comte de Guiche et de Gramont, la belle Corisande[1332], comme il l'appelait, qui n'était pas d'humeur à se laisser traiter de haut ou mettre de côté. Elle s'estimait d'assez grande maison pour épouser le roi de Navarre et, en ayant l'espérance, comptait bien se débarrasser de cette intruse légitime. Marguerite, irritée des bravades de la maîtresse et des rebuffades de l'amant, s'était enfuie de Nérac, où elle ne se croyait plus en sûreté, et réfugiée dans Agen, ville de son apanage (mars 1585). Elle s'unit aux princes catholiques qui allaient imposer à Henri III l'humiliant traité de Nemours, leva des troupes, se retrancha, et, femme de l'héritier présomptif, se déclara contre l'héritier présomptif. C'était bien choisir son temps pour se ressentir des infidélités de son mari.

La Reine-mère s'était d'abord apitoyée sur le sort de sa fille, qui vivait à Agen «fort desnuée de moyens», et elle avait prié Villeroy de la faire secourir de quelque argent, «car à ce que j'entendz elle est en très grande nécessité, n'ayant pas moien d'avoir de la viande pour elle»[1333]. Mais ses bonnes dispositions ne durèrent pas. Henri III, qui ne pardonnait pas à la Ligue de vouloir le mettre en tutelle, avait de nouvelles raisons de détester sa sœur, qui s'y était affiliée. Il tenait la preuve authentique, bien qu'elle niât effrontément, qu'elle avait demandé asile au duc de Lorraine, cet allié honteux du parti catholique, en intention peut-être de se rapprocher du duc de Guise et des principaux chefs ligueurs. Catherine en fut malade de chagrin. En ces nouveaux troubles, écrit-elle à Villeroy, elle recevait de sa fille «tant d'ennuyz» qu'elle en avait «cuidé (pensé) mourir»[1334]. Dans une lettre à Bellièvre du 15 juin, elle parlait de cette «createure» que Dieu lui avait laissée «pour la punytyon» de ses péchés, «mon flo (fléau), disait-elle, en cet (ce) monde»[1335].

[Note 1332: ][(retour) ] De Jorgains, Corisande d'Andouins, comtesse de Guiche et dame de Gramont, Bayonne, 1907, ne dit rien de cette rivalité.

[Note 1333: ][(retour) ] 27 avril 1585, Lettres, t. VIII, p. 265.