[Note 1334: ][(retour) ] 22 mai 1585, Ibid., p. 291.
[Note 1335: ][(retour) ] 15 juin 1585, Ibid., p. 318.
Elle continuait à s'intéresser à elle, mais c'était par acquit de conscience, et il faut avouer que Marguerite mettait sa tendresse à une rude épreuve. Henri III ayant ordonné au maréchal de Matignon de la chasser d'Agen (25 septembre 1585), la Reine-mère fit offrir à la fugitive--était-ce un asile ou une prison?--le château d'Ibois (près d'Issoire); mais Marguerite refusa de sortir de Carlat (arrondissement d'Aurillac), où elle s'était retirée, et pendant plus d'un an (31 septembre 1585-13 octobre 1586), elle y vécut abandonnée à ses plaisirs, n'écoutant ni ordres ni remontrances.
Puis, à bout de ressources, elle partit sans chevaux et sans armes et «portée», dit Catherine, par «quelque aysprit (bon ou mauvais génie)»[1336], elle franchit les âpres montagnes du Cantal pour gagner Ibois, dont elle n'avait pas voulu un an auparavant. Mais l'humeur de la Reine-mère n'était plus la même, à supposer même que son offre d'antan ne fût pas un piège. Elle était scandalisée de la liaison publique de sa fille avec un tout petit gentilhomme, d'Aubiac, et avait résolu d'y mettre ordre à la façon du temps. Aussitôt qu'elle sut l'arrivée de Marguerite à Ibois, elle pressa le Roi avec une ardeur cruelle de la faire arrêter sans perdre une heure, «aultrement et (elle) nous fayra encore quelqu'aultre honte». «Tenés-i la mayn, écrit-elle à Villeroy, qu'yl (Henri III) euse de delygense (use de diligence)» et que, lui, Villeroy fasse ce qui sera nécessaire «pour à set coup, nous haulter (ôter) de se torment ynsuportable»[1337]. Mais Henri III n'avait pas besoin d'être excité. Avant même d'avoir reçu la lettre de sa mère, il avait ordonné à Canillac, gouverneur de la Haute-Auvergne, de se saisir de sa sœur et de l'enfermer dans le château d'Usson, haut perché sur un roc et ceint d'un triple rang de remparts[1338]. Sa lettre au Conseil des finances pour demander l'argent nécessaire à la garde de la prisonnière respire la haine, comme aussi cet ordre à Villeroy: «Je ne la veuz apeller dans les [lettres] patentes que seur (sœur) sans chere et bien aimée; ostez cella»[1339]. Il ajoutait: «La Reyne m'enjoint de faire pandre Obyac et que ce soit an la présence de seste misérable en la court du chateau d'Usson»[1340].
[Note 1336: ][(retour) ] 23 octobre 1586, Lettres, t. IX, p. 513.
[Note 1337: ][(retour) ] Ibid., p. 513.
[Note 1338: ][(retour) ] Scaligeriana sive excerpta... Josephi Scaligeri, 2e éd., La Haye, 168, p. 239. Usson «est une ville située en une plaine où il y a un roc et trois villes l'une sur l'autre en forme du bonnet du pape tout à l'entour de la roche et au haut il y a le château avec une petite villette à l'alentour».
[Note 1339: ][(retour) ] Lettre de la première semaine de Janvier 1587, et non d'octobre 1586, citée par M. le Cte Baguenault de Puchesse, t. IX, p. 108-109, note 1. Henri III dit en effet qu'il sera à Saint-Germain le jour des Rois, nommément mardi prochain. Le jour des Rois, c'est le 6 Janvier 1587.
[Note 1340: ][(retour) ] Henri III revint sur cette décision; il voulut probablement tirer de ce mignon de couchette ce qu'il savait des agissements de sa sœur (Merki, La Reine Margot, 1905, p. 350). Camillac expédia Aubiac à Aigueperse, où Lugoli, lieutenant du grand prévôt de France, qui l'attendait, l'interrogea et, avec ou sans ordre, le fit ensuite exécuter.
C'était pendant les conférences de Saint-Brice que le Roi arrêtait avec sa mère la détention et le châtiment de la coupable. Il n'est donc pas invraisemblable que Catherine ait offert à son gendre, s'il abjurait, de faire enfermer sa fille dans un couvent et de le remarier avec sa petite-fille, Christine de Lorraine. La conversion du roi de Navarre aurait été si avantageuse à Henri III que Catherine a pu penser, pour un résultat de cette importance, à faire annuler une union, qui était déjà dissoute en fait. Mais il répugne de croire qu'elle ait proposé ou laissé proposer à Henri de Navarre de le débarrasser de Marguerite en la faisant mourir. L'histoire est, il est vrai, rapportée par Claude Groulard, premier président du parlement de Normandie, et celui-ci l'avait ouï raconter en 1588, moins d'un an après les conférences de Saint-Brice, par le maréchal de Retz, qui y avait assisté. Mais Groulard était un politique et, comme la plupart des politiques, il tenait Catherine pour le mauvais génie de la famille des Valois. Quand il répétait, en 1599, la conversation du maréchal de Retz à Henri IV, devenu roi de France, il y avait onze ans qu'il l'avait entendue et peut-être y avait-il inconsciemment ajouté. Le fait qu'Henri IV, à qui il en faisait le récit, lui «eust dict que tout cela estoit vrai»[1341] ne prouve guère. Henri IV estimait que son métier de roi était de régler les affaires d'État, non de renseigner les curieux. Quand ses historiographes, Pierre Matthieu par exemple, l'interrogeaient sur un événement du passé, il faisait la réponse que l'intérêt du moment lui suggérait[1342]. A la date où Groulard invoquait son témoignage, il avait obtenu de Marguerite de Valois qu'elle consentît au divorce et probablement lui convenait-il de laisser croire qu'il avait sauvé la vie à la femme qui venait, très opportunément pour l'avenir de sa dynastie, de lui rendre sa liberté. C'est à lui qu'Henri III, dans une lettre à sa mère du commencement de 1587, impute la suggestion de mesures rigoureuses contre sa sœur. «...Il ne fault pas, écrivait-il, qu'il attende de nous que nous la traitions inhumainement ny aussi qu'il la puisse répudier pour après en espouser une aultre»... «je voudrois qu'elle fust mise en lieu où il la peusse (pût) veoir quand il voudroit pour essayer d'en tirer des enffans et neantmoins fust asseuré qu'elle ne se pourroit gouverner aultrement que tres sagement, encores qu'elle [n'] eust volonté de ce faire.... Je pense bien que cette ouverture luy sera d'abordée de dure digestion, d'aultant que j'ay entendu qu'il a le nom de sa dicte femme très à contrecœur. Si est-ce toutes-fois qu'il fault qu'il se resolve de n'en espouser jamais d'aultre tant qu'elle vivra et que, s'il s'oublioit tant que de faire aultrement, oultre qu'il mettroit sa lignée en doubte pour jamais, il me auroyt pour ennemi capital»[1343].