[Note 1341: ][(retour) ] Mémoires de Claude Groulard, dans Michaud et Poujoulat, 1re série, t. XI, p. 582.

[Note 1342: ][(retour) ] II avait la mémoire imprécise et complaisante des hommes d'État et une imagination très vive. Nombre de légendes se sont ainsi établies sur sa foi. Il aurait entendu à l'entrevue de Bayonne concerter le projet de la Saint-Barthélemy, comme s'il était vraisemblable qu'on eût décidé le massacre des protestants devant cet enfant de onze ans et demi, d'une intelligence précoce, et qui n'aurait pas manqué d'en avertir sa mère, Jeanne d'Albret, cette hugnenote soupçonneuse. Il raconta au Parlement, pour enlever l'enregistrement de l'Édit de Nantes, qu'après le massacre de Paris, jouant aux dés avec le duc de Guise, il les lui avait vu abattre rouges de sang. En 1603, afin d'obtenir le rappel des Jésuites, il ne craignit pas d'affirmer à cette Cour, qui savait bien le contraire, que Barrière, son assassin, ne s'était pas confessé à un jésuite et même qu'il avait été dénoncé par un jésuite. Or il est certain que la dénonciation vint d'un dominicain florentin établi à Lyon. Il serait facile de multiplier les exemples de ces altérations volontaires ou non de la vérité.

[Note 1343: ][(retour) ] Janvier 1587, Lettres, t. IX, p. 437.

Du récit de Claude Groulart comparé avec cette lettre, et en supposant qu'il soit exact, on peut simplement conclure que la Reine-mère a d'elle-même sans l'aveu de son fils, proposé à son gendre la solution du divorce et du remariage qu'elle lui savait agréable, mais à condition qu'il se fît catholique et elle savait combien il y répugnait. L'appât qu'elle lui tendait n'avait peut-être d'autre objet que de mesurer la force de son attachement au parti protestant.

Marguerite, dans les premiers temps de sa captivité, se crut perdue. Elle écrivait à M. de Sarlan, maître d'hôtel de Catherine: «Soubs son asseurement et commandement (de sa mère) je m'estois sauvée chez elle et au lieu du bon traitement que je m'y promettois je n'y ai trouvé que honteuse ruine. Patience! elle m'a mise au monde, elle m'en veut oster»[1344]. Avait-elle le soupçon de quelque dessein criminel ou parlait-elle de sa réclusion avec l'exagération de la douleur?

Mais elle ne s'abandonna pas longtemps. Elle séduisit ou acheta le marquis de Canillac, son geôlier[1345]. Le duc de Guise ne l'oubliait pas. Dès le 18 février 1587, la Reine-mère savait par une lettre du Roi que Canillac négociait avec les ligueurs. Elle refusait de croire à cette «infidellité», de la part d'un serviteur jusque-là si zélé. «Monsieur mon filz,... ce me seroit une telle augmentation d'affliction que je ne sçay comment je la pourrois supporter»[1346]. Mais deux jours après elle apprenait, sans y ajouter encore foi, que dans une réunion à Lyon, où se trouvaient quelques-uns des plus notables personnages de la Ligue, M. de Lyon (Pierre d'Épinac, archevêque de Lyon), le gouverneur Mandelot et le comte de Randan, gouverneur d'Auvergne, Canillac avait promis de mettre «la Reyne de Navarre en lyberté et en lyeu seur»[1347]. En effet Canillac s'entendit avec Marguerite et lui livra le château, d'où il avait fait sortir ou laissé expulser les Suisses qui le gardaient. Elle vécut là dénuée de ressources, reniée par les siens, mais toutefois à l'abri des tempêtes politiques et des catastrophes et se consolant de ses disgrâces par l'étude, la rédaction de ses Mémoires et d'autres plaisirs moins innocents[1348]. Henri III avait trop d'affaires pour penser à reprendre Usson.

[Note 1344: ][(retour) ]: Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, éd. Guessard, p. 298, lettre qui est citée à tort par l'éditeur des Lettres, t. VIII. p. 265, comme ayant été écrite après la fuite de Nérac.

[Note 1345: ][(retour) ] Merki, p. 356 sq. Que Canillac ait été débauché du service du Roi par la beauté de sa prisonnière, comme le veut la légende, c'est possible, mais contrairement à la légende, il ne se laissa pas berner. Il lui vendit à bon prix la liberté et le château d'Usson, et peut-être reçut-il quelque chose de plus comme à-compte ou comme appoint. Séduction et rançon ne s'excluent pas nécessairement.

[Note 1346: ][(retour) ] Lettres, t. IX, p. 176; lettre à Canillac, ibid., p. 177.

[Note 1347: ][(retour) ] Lettres, t. IX, p. 181. Sur les relations des Guise avec l'Archevêque, voir P. Richard Pierre d'Épinac, 1901, p. 272, qui les fait commencer un peu plus tard.