[Note 1348: ][(retour) ] 1348: «Elle est libre, dit le célèbre philologue, Joseph Scaliger, qui la visita à Usson, faict ce qu'elle veut, a des hommes tant qu'elle veut et les choisit.» Scaligeriana, 1668, p. 239.
A Saint-Brice, le roi de Navarre s'était gardé de rompre avant que les secours d'Allemagne fussent rassemblés; il fit traîner ensuite les négociations tant qu'il put. Il donnait par exemple rendez-vous à Catherine à Fontenay, mais de Marans où il venait d'arriver, il se refusait à faire un pas vers elle. Il finit par lui envoyer le vicomte de Turenne, qui lui proposa sans rire le secours des protestants français et étrangers «pour restablir l'autorité du Roi anéantie par ceulx de la Ligue et acquérir un perdurable repos à ses sujets»[1349]. Elle comprit que le roi de Navarre se moquait d'elle; ce fut la fin des conférences (7 mars 1587).
Il y avait sept mois et demi qu'elle avait quitté son fils. Elle revint à Paris où sa présence était bien nécessaire. Elle ne pouvait pas traiter avec un parti sans alarmer l'autre. Avant même qu'elle eût joint le roi de Navarre, le duc de Guise écrivait à l'ambassadeur d'Espagne Mendoza qu'elle voulait «troubler le repos des catholiques de ces deux couronnes (France et Espagne), qui consiste en union».[1350] Il invita son frère, le duc de Mayenne, en prévision du compromis qu'il redoutait, à rentrer en son gouvernement de Bourgogne et à s'assurer de Dijon. Les chefs de la Ligue réunis à l'abbaye d'Ourscamp (octobre 1586) décidèrent d'inviter le Roi à observer l'Édit d'Union de point en point, et s'entrejurèrent de lui désobéir s'il faisait quelque accord avec les hérétiques. Sans attendre ses ordres, ils attaquèrent le duc de Bouillon, qui recueillait dans ses États les protestants fugitifs, et, contrairement à ses ordres, Guise assiégea pendant l'hiver de 1586-87 les places de Sedan et de Jametz, qui bridaient la Lorraine.
Le duc d'Aumale s'empara de Doullens, du Crotoy, etc., en Picardie. A Paris, la haute bourgeoisie parlementaire restait fidèle à Henri III par loyalisme et par peur des troubles; mais la moyenne bourgeoisie et le peuple s'indignaient de sa mollesse contre les hérétiques et imputaient à hypocrisie les pèlerinages, les processions et les retraites, toutes les mascarades de sa piété maladive. L'exécution de Marie Stuart (18 février) surexcita la haine contre les protestants, ces protégés de la «Jézabel anglaise». Les ligueurs les plus ardents complotèrent de se saisir de la Bastille, du Châtelet, du Temple, de l'Hôtel de Ville et de bloquer le Louvre. Ils trouvaient le duc de Guise bien froid, un «Allemand», comme ils disaient, et ils s'ouvrirent de leur dessein à Mayenne qui faisait sonner très haut ses succès en Guyenne. Mais Mayenne, ou par peur de la responsabilité ou par ordre d'Henri III, sortit de Paris. Le projet fut ajourné, mais la propagande reprit plus ardente. Les «prédicateurs... servoient de fuzils à la sédition». Des émissaires allèrent dans les provinces et les grandes villes porter des mémoires où la Ligue accusait le Roi de faire entrer en France une armée de reîtres hérétiques pour leur «donner en proie les bons catholiques»[1351].
[Note 1349: ][(retour) ]: Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 257.
[Note 1350: ][(retour) ] Cité dans Lettres, t. IX, p. 68, note 3.
[Note 1351: ][(retour) ] Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 264 et 267.
Après avoir essayé sans succès de détacher le roi de Navarre du parti protestant, Henri III n'avait d'autre ressource que de se rapprocher du parti catholique. Il laissa un mois de repos à peine à sa mère et la fit partir à la mi-mai pour Reims où elle se rencontra avec le cardinal de Bourbon et le duc de Guise. Mais, après les conférences de Saint-Brice où les chefs ligueurs soupçonnaient une velléité de défection, elle n'était peut-être pas qualifiée pour rétablir la confiance. Après trois semaines de négociation (24 mai-15 juin), ils lui accordèrent seulement une prolongation de trêve pendant un mois pour le duc de Bouillon; mais ils refusèrent de restituer Doullens et le Crotoy au duc de Nevers, que le Roi avait fait gouverneur de Picardie afin de le brouiller décidément avec la Ligue. Pour dernière concession, ils offrirent de désigner au choix du Roi pour le gouvernement de Doullens trois candidats de leur parti, qui n'auraient pas été mêlés à la prise d'armes de la province.
Catherine était très émue de ce nouvel échec diplomatique, craignant que son fils ne l'accusât d'incapacité. Aussi s'excusait-elle, dans une lettre à Villeroy, sur le peu de temps dont elle disposait. «... Quant on va en quelque lyeu l'on ne peult enn vin (en vingt) jours acomoder les afeyres». Elle demandait sur la question de Doullens l'avis de son fils: «Je vous prye que je sache sa résolutyon, car telle qui la (celle qu'il) pansera la mylleure, je la troveré très bonne»[1352]. Elle n'a plus d'autre politique que de complaire à son fils.
[Note 1352: ][(retour) ] Lettres, t. IX, p. 219, 11 juin 1587.